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 Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion

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OusOus

Hécatée de Milet
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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Lun 9 Jan - 18:52


Pour y avoir vécu je connais un peu le problème des banlieues dites "chaudes".
Je suis bien d'accord, tout est fait par l'État pour que les gens ne sortent pas de leur îlot: services administratifs, commerces (jusqu'au centre commercial!!), écoles... Et c'est là que ça devient dangereux, à partir du moment où c'est la jeunesse qui est véritablement coupée du reste de la ville et de ses ouvertures, condamnée à faire un bac pro commerce, ou un CAP. Ces formations ont leurs bons côtés, je ne le nie pas, mais ce choix hyper-restreint est juste frustrant, pour celui qui voulait faire avocat, ou médecin, ou géographe Wink

Après certains réussissent, comme nous d'ailleurs, faisant fi de leur "déterminisme" socio-spatial. Parce que la fatalité n'existe pas, et parce que quand on a un rêve on s'accroche. Qu'est ce qui empêche ton collègue de partir au centre-ville? Le fait de ne pas y avoir de connaissances joue énormément, mais qu'est ce qui l'empêche de partir boire un café avec un pote pour je sais pas moi, "draguer de la bourgeoise" ^^?
Et c'est là aussi que je te parlais de prophétie auto-réalisatrice, on se dit c'est un autre monde, j'y vais pas, les autres vont croire que je trahis mon quartier, mais attends oh! Moi je veux bien qu'on s'approprie son espace de vie, qu'on se sente solidaires, entre potes de galère, mais je vois pas le souçis en fait.
Et qui plus est le tramway passe en plein milieu de la cité!!!
J'ai passé 15ans à vivre à 80 km de Paris sans voir la tour Eiffel, sans jamais une fois y être allé. Et mes amis c'est la même chose, qui plus est ils n'aiment pas Paris, trop stressant, trop de bruit, de gens le métro c'est sale gnagnagna... Moi Paris je l'ai fantasmé, désiré, et depuis j'y vis, et oui y'à des gens, oui le métro est un peu sale parfois, mais c'est la même chose, une prophétie auto-réalisatrice: c'est sale, donc un mouchoir de plus ou de moins après tout, hein?

Enfin je ne remets pas en cause du tout le fait que l'Etat, la Ville, ont une vision post-colonialiste hygiéniste (la fameuse Charte d'Athènes, qui commence à dater un peu d'ailleurs, bougez vous les gars...). "Ils" sont là? Très bien qu'ils dorment dans des cages à lapin et ne sortent surtout pas de leur cité. Mais des gens se battent pour y sortir justement, et ont du mérite.

Après je sais pas, j'ai peut-être une vision critique un peu sur tout, je manque peut-être de recul, mais j'ai du mal à admettre le fatalisme du ghetto, à la française qui plus est. Les sociétés anglo-saxonnes ont une approche carrément différente de la nôtre, et le ghetto noir-américain n'a pas grand chose à voir avec ce qu'il pourrait se passer en France. Tout comme le ghetto juif, ce quartier vénitien a vraiment la cote en ce moment...
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OusOus

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Lun 9 Jan - 18:57

Ou alors je vis vraiment dans le monde des bisounours c'est pas possible... Mais réagissez les gens, avec Menditar on se sent un peu seuls je crois, y'à de l'écho.
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Thibault Renard

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Lun 9 Jan - 19:19

En effet, l'exclusion est le fruit d'une réalité indépendante de l'observateur et d'une représentation de ce dernier.

Il existe donc des phénomènes d'exclusions facilement identifiables car ils appartiennent tout simplement à une ontologie (discours sur l'être en soi) décrivant les constituants du monde. Ces choses qui s'imposent à nous, par nos sens par exemple. Il est difficile d'aller travailler au stade de France quand on habite Aubervilliers sans passer devant le bidonville qui accueille des Roms. En fait, ce sont ces choses "que tout le monde connait et dont personne ne parle".

Mais il existe également des phénomènes d'exclusions difficiles à appréhender car ils s'offrent à une lecture de l'espace que par expérience, vécu. Un chauffeur de taxi sait à quel public il a à faire dans telle barre plutôt que dans telle autre. A La Rochelle, certaines tours du quartier de Mireuil n'étaient plus desservies par ce type de locomotion, c'est notamment le cas de la tour numéro 18.

L'exclusion est un mot qui exprime un sentiment fort. Elle peut prendre une autre tournure lorsque les phénomènes observés concernent d'abord des populations par les représentations d'autres populations, puis ensuite lorsqu'elles concernent ces mêmes populations par une idée communément admise. L'inertie de l'image que l'on se fait d'une population et de son territoire de vie peut amener à une exclusion très forte qui peut déboucher sur une fragmentation, une dualisation de l'espace urbain. La fragmentation est la forme d'exclusion la plus prononcée car elle inscrit la stigmatisation d'une population dans l'organisation même d'une ville. Belfast est une ville fragmentée, dualisée, dans laquelle certains quartiers sont fréquentés exclusivement par les loyalistes/orangistes et d'autres par des activistes catholiques favorables au rattachement à l'Eire. Seulement, cette fragmentation n'est pas toujours désirée. D'ailleurs, à Belfast tout le monde pâti d'un conflit qui concerne des factions extrémistes révolutionnaires et minoritaires.

Quant au terme de ghetto il recoupe également une exclusion par fragmentation. Seulement, cette dernière est organisée par un tiers, souvent un pouvoir politique. Le ghetto est originellement le quartier où étaient enfermés les Juifs. Pour moi, on ne choisi pas volontairement le ghetto, on le subit comme du temps de l'Apartheid. De ce point de vue, en France, il n'existe pas de ghetto. Ou alors il existe des ghettos au sens qu'il est inacceptable qu'au XXIème siècle, dans un pays qui participe autant du progrès que la France, de voir des personnes se retrouver de fait dans des ghettos (certaines communes villageoises à la frontière de la périurbanisation, certains quartiers de banlieue, des bidonvilles en centre-ville ou dans les faubourgs immédiats de ce dernier...). Mais à ce moment là toute forme de ségrégation devient ghetto. Ce dernier est un phénomène collectif, et désigne un territoire fixe : pour ces deux raisons les lieux de vie des SDF ne peuvent constituer des ghettos. Ou alors il faudrait travailler sur la conceptualisation de leur lieu de vie mais c'est déjà fait globalement.

Mais dans le Vocabulaire de la ville, sous la direction de Elisabeth Dorier-Apprill, éditions du temps, 2001, on désigne par ghetto à la fois l'exclusion territoriale subie et voulue (regroupement familial, solidarités ethniques, etc.) Seulement on ne peut pas être d'accord avec cette définition. En effet, dire que des quartiers où une forte proportion des habitants sont d'origine malienne, comme c'est notamment le cas à Montreuil, sont des ghettos c'est inverser les acteurs dans la définition. Le terme de ghetto est vécu comme tel ; les livres d'Histoire, a posteriori, nous ont fait comprendre ce que c'est de vivre dans le ghetto de Lodz ou de Varsovie. Mais, originellement, ce terme concerne le vécu d'une population qui se considère dans un ghetto. C'est une forme d'exclusion qui est une réalité indépendante de l'observateur et qui possède une connotation négative en soi. C'est un concept réfléchi. L'entre-soi de la communauté malienne de Montreuil relève nullement du phénomène de ghetto pour ses habitants mais le sont pour les observateurs. L'inversion acteur/acteur objectivant/observateur/observateur objectivant conduit à rapprocher l’Apartheid et le génocide des Juifs avec le regroupement familial des malien à Montreuil... C'est mon avis.

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OusOus

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Mer 11 Jan - 20:39


Merci pour la réponse très fournie que tu nous as concocté, il a fallu que je la lise plusieurs fois avant d'arriver à tout comprendre!!!
Je pense qu'on touche là aux limites de la conceptualisation dans la mesure où partir d'une approche nomothétique, hypothético-déductive, est une prise énorme de distance par rapport au fait réel décrit. Le problème étant qu'en relativisant tout, en confrontant le déductif à l'inductif on arrive pas à grand chose... A force de tout relativiser on ne tranche pas, et c'est le casse-tête du géographe, du cartographe, du physicien ou du philosophe. Enfin ce n'est que mon humble vision de petit L3 de géographie, je serais ravi que les scientifiques donnent leur avis, tout comme les géographes.

Quoiqu'il en soit le ghetto tire ses sources d'un morceau de quartier italien où la diaspora juive s'est établie, et a voulu rester en communauté tout en développant d'autres liens. Le problème étant que certes il y à une dichotomie entre des faits "réels", mais perçus (le signifiant/signifié saussurien), l'observateur et l'observé, mais Montreuil est un point de chute comme un autre de migrants (le "foyer", il en existe un à Vitry également). Ces personnes ne se sentent pas exclues, bien au contraire puisqu'elles sont prises en charges par des anciens, arrivés plus tôt, déjà au courant des méandres administratifs comme on sait si bien les faire en France, et d'autres bureaucraties. Elles sont inclues dans le réseau de Maliens qui existe à cet endroit là (et encore, ici aussi la personne établit ses propres liens), et tisse d'autres liens avec d'autres réseaux. Elles restent cependant exclues de tout un tas d'autres réseaux, qu'ils soient sociaux où spatiaux d'ailleurs. C'est là qu'un géographe spécialiste des migrations pourrait nous en dire plus.

Un autre point intéressant, Pierre Bourdieu, sociologue structuraliste français d'après-guerre, nous parle "d'effet de lieu". C'est pour lui la transcription spatiale d'une prophétie auto-réalisatrice (je sais jsuis lourd avec ça, mais le poids des mots est crucial, et je ne me souvenais plus d'où je tirais ce concept, mon partiel me l'a rappelé ^^). Il s'intéresse aux représentations, au langage associé aux lieux, notamment la toponymie, qui caractérise très souvent un lieu selon telle ou telle ressource, où spécificité physique (les toponymes les plus imagés se retrouvent sur les fronts pionniers brésiliens par exemple, je pense à Lévi-Strauss et ses Tristes Tropiques).
Car pour Bourdieu le langage et ses attributions sont des éléments essentiels de ce qu'il appelle à juste titre le capital symbolique. On fait donc de la reproduction sociale sur des lieux qui ont eu un effet symbolique sur des personnes, observatrices ou actrices. Dire que Montreuil possède une forte proportion de Maliens en son sein est vrai (et encore, la mairie de Montreuil ne peut tous les comptabiliser, puisqu'une partie est sans papiers et a peur de M. Claude Guéant, n'établissant pas de demande à la préfecture), seulement dire que Montreuil se "ghettoïse" est franchement faux, au vu de la relativement vieille tradition gentrificatrice de cette commune et de nombre d'autres de ce que l'on appelait avant la ceinture rouge. Mais le problème encore une fois, c'est la généralisation qui s'opère, de la maille territoriale dont on choisit de parler.
Ou alors si, disons que Montreuil se ghetthoïse, par des cadres supérieurs exclus d'un côté par les prix de l'immobilier parisien (qui s'envole inéluctablement, modélisation d'Alonso, théorie des lieux centraux l'expliquent en partie...), qui eux même rejettent (sans le vouloir forcément), telle ou telle communauté incapable de se payer un loft dans le quartier en question. On est en plein dans la reproduction sociale, enfin je crois...
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Menditar

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Jeu 12 Jan - 12:04

Et bien au moins, on a avancé ! Merci pour vos réponses complètes (et qui demande une certaine concentration aussi scratch ). Je suis, après lecture de vos réponses, et si j'en ai bien saisi le sens, assez d'accord avec vous : parler de ghetto, si on prend le mot dans son sens premier, n'est pas adapté. On est en effet loin des ghetto noirs américains, et encore plus des ghettos juifs. Pourtant, le terme est de plus en plus utilisé (comme pour le titre de l'ouvrage d'Eric Maurin, Le Ghetto français, enquête sur le séparatisme social, livre de sociologie mettant en évidence des "stratégies d'évitements" entre les différentes catégories socio-professionnelle). Bien sur, on peut en contester l'utilisation, mais je pense que derrière ce terme, qu'il soit correct ou non, on assiste à une fragmentation de plus en plus forte de la société, qui se traduit de façon spatiale et qui est visible dans la structure des villes (au-delà du simple dualisme centre-ville/banlieue difficile).
Pour Eric Maurin, comme pour d'autres d'ailleurs, c'est en effet un phénomène de gentrification qui en est à l'origine. (comme on peut le voir, par exemple, dans le quartier d'Harlem, actuellement reconquit par les plus aisés pour ne citer que cet exemple).

Je pense donc qu'au delà du terme, qui est il est vrai fort et surtout extrêmement connoté, un processus de fragmentation sociale et spatiale est en cours, qui amène à des formes d'exclusions : la plus flagrante est celle des SDF, qui ne peuvent même pas accéder aux logements, mais celles des banlieues difficile en est aussi un aspect, de mon point de vue.
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OusOus

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Jeu 12 Jan - 13:49


Oui mais accepter la fragmentation de la ville en vient à renforcer notre approche sur les catégories socio-professionnelles, ce qui me semble aberrant.

Les CSP se composent de plusieurs critères, tous critiquables un par un. Nous autres étudiants sommes dans la toute dernière la classe 8: "sans activité professionnelle"... Eh oui, nous sommes improductifs, cela veut-il dire que nous ne servons pas à la France, à la rendre moins excluante??? Devons nous culpabiliser d'être à la fac, de contribuer aux dépenses d'Etat? Sommes nous les grands assistés de la société, aux côtés des chômeurs, handicapés et autres personnes n'ayant encore jamais pratiqué une activité professionnelle? Devons nous nous sentir coupable, d'être la dernière case d'un système qui exclut tout le monde, le taylorise?

Alors que finalement il y'à plus de distinctions à faire au sein même de la case "artisans, commerçants et chef d'entreprise", et celle de "professions intermédiaires" qu'entre deux classes bien distinctes... La quantification du monde est à la base même de l'exclusion, ce que doivent rejeter justement les géographes tels que nous sommes. On nous a appris le quantitatif ET le qualitatif, les statistiques comme l'approche de terrain, et ces 2 approches ne se surimposent pas, elles doivent être à contrario complémentaires, syncrétisme scientifique plus que nécessaire.

On ne peut plus penser en terme de droite/gauche, riches/pauvres, sciences dures/molles. Dans l'ère du numérique, tout cela est dépassé (c'est d'autant plus étonnant, exaltant!) et montre les pauvres limites de notre condition humaine, dans le sens où nous reproduisons ce que nous avons projeté à l'informatique: le code binaire basique: le 0 et le 1. Ce manichéisme qui nous caractérise, ce oui et non, vrai et faux, bon et mauvais, noir ou blanc, le monde n'est il pas au contraire fait de gradients, de nuances, qui, si elles peuvent être zonales, longitudinales, sont toutes bonnes à prendre?

Il existe certes une paupérisation, un fossé grandissant entre les plus riches et les plus pauvres, mais par exemple, dites moi donc si l'I-Phone est juste réservé à l'élite? Parlons de Coca ou de MacDo, des mangas comme de l'Internet. De même pour la musique, le cinéma. (une étude sociologique sur le fameux "les Intouchables" donnerait des résultats très intéressants me semble t'il.)
Ces produits dits "mondialisés" traversent aisément nos couches socio-professionnelles, comme d'autres. On ne peut pas non plus réduire les CSP à certaines pratiques culturelles, mais elles sont révélatrices du même fait: nous attrayons tous aux mêmes choses, qui, si elles peuvent être rejetées par certains, restent fédératrices: manger, boire, dormir, s'évader, s'amuser... Entre autres.

En ce qui concerne les titres de sociologues ou autres, n'oublions pas qu'un titre doit rester accrocheur, surfant sur une vague médiatique (ou pas), bref attirer le chaland, d'autant plus que la sociologie reste quand même largement cantonnée au monde universitaire. Et la gentrification n'est pas l'unique coupable de la ségrégation. Les riches comme les pauvres ont leurs torts, celui d'être humain et de se protéger face à l'"autre". Sarte disait que "l'enfer c'est les autres", malheureusement il a raison... Dépassons Sartre et son fatalisme dégoulinant de "bon sens".

C'est donc à l'Etat-Nation, celui qui nous obsède tellement, auquel nous nous devons de nous sentir patriotique, voire nationaliste, en connaître son Histoire et ses symboles, c'est à cet Etat (qui prend la juste mesure de l'étendue de ses pouvoirs) de nous protéger de cette fange schizophrénique qui nous guette tous.
Là aussi, de gros problèmes... Les systèmes spatiaux et politiques sont également dépassés, plus rien à quoi se raccrocher... L'enfer, c'est également les autres Nations.
D'où la fragmentation, communautarisation, lente descente vers un Moyen-Âge moderne ou le sang, l'ethnie ou la CSP comptent désormais plus qu'un savoir-vivre, je dirais civilisé, celui de vivre ensemble, tous dans de bonnes conditions. A quand comprendrons nous ce gâchis que nous réalisons, gâchis de ressources, de talents, d'idées, de façons de concevoir le monde et de le magnifier?

Le printemps arabe a probablement été impulsé de cette façon: les réseaux sociaux ont rassemblé une jeunesse tunisienne, entre les classes les plus pauvres, passant leur journée dans un cyber', matant des films ou des clips, et au chômage, et les plus riches, en quête d'une émancipation culturelle et de liberté d'expression, eux aussi au chômage. Les mêmes désiratas, attentes de la société, celle d'un dégoût pour des classes sociales désormais dépassées. Car tous humains.
Je ne veux pas être le chantre d'un monde qui va de plus en plus mal, ce serait trop manichéen de ma part justement. J'aimerais que la géographie se réveille réellement, la géographie française qui a tant apporté au monde, avec ses déboires et dérives certes, mais le droit à l'erreur doit être accordé à tout le monde, c'est comme cela qu'il avance...
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Menditar

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Ven 20 Jan - 16:14

Pour (tenter de) relancer le débat

En regardant une conférence d'Yves Lacoste sur la géographie des conflits, j'ai été surpris de l'entendre parler du problème d'exclusion des banlieues française : après m'être renseigner, je viens de voir qu'il avait écrit un livre en 2010, La Question post-coloniale - Une analyse géopolitique. (lien : http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=97&ida=12513). J'attends de le lire pour en savoir plus, mais d'après ce que j'ai cru entrevoir, c'est, selon lui, du au fait que "les jeunes immigrés ignorent l'histoire de leurs parents".
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Thibault Renard

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Dim 22 Jan - 3:39

Voici le compte-rendu d'un ouvrage de Mr Dumont sur l'exclusion dans les métropoles régionales françaises. Il va plus loin et invente un ISE (indice synthétique d'exclusion). Certaines personnes, comme vous pouvez le voir, font toujours avancer la recherche et ne se complaisent pas de leur situation.

Après, sur le fond je suis d'accord avec toi, les dichotomies toutes faites sont exacerbantes. Seulement on ne peut pas nier qu'il existe des inégalités confondantes... Les prophéties auto-réalisatrices existeront toujours, quelques soient les indicateurs et les postures prises, mais il existe des états de fait. Entre Neuilly et Sarcelles, il y a plus d'un pas à faire. Et à Neuilly il y a plus de cadres que d'ouvriers ; et à Sarcelles le taux de chômage est de 20% de la population active (+ 8 points par rapport à la moyenne nationale).

L'exclusion est un problème politique avant d'être un problème géographique. Être exclue c'est être délaissé. La ségrégation est un phénomène qui vient se greffer sur une situation causée par des facteurs politiques. Elle se manifeste en terme de CSP et en terme spatial. C'est indéniable. Et, dans certains cas, cette mise à l'écart conduit à des fractures spatiales pour les exclus : "on a rien à faire là-bas". Seulement cette fracture peut vite se transformer, à son tour, en fragmentation. Et alors là, il est définitivement trop tard, l'espace devient une zone grise assumée par tous.

Au niveau politique, tout est à revoir. De l'autre côté, le problème n'est pas dans la recherche en elle-même, le problème est d'une part dans le renouvellement de la recherche, et d'autre part dans son utilisation. Certaines recherches ne servent à rien car leurs auteurs manquent tout à la fois de charisme et de caractère. Les géographes doivent politiser leurs propos et s'engager.

Pourquoi ne le font-ils pas ? L’embourgeoisement peut-être et surtout la peur de la mise à l'écart. L'exclusion est partout, même à l'université. Je reste persuadé que la mort de Pierre George a causé beaucoup de mal à notre belle discipline et que quand Claval et Lacoste le suivront, les autres n'en feront qu'à leur tête. Seuls les meilleurs d'entre-eux ne sont pas imbus de leur personne. La géographie n'a plus de sens, notre génération va lui en redonner un.

Voici le compte-rendu :

Citation :
Gérard-François Dumont
Géographie urbaine de l’exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises
L’Harmattan, 2011, 26 euros, 270 pages

vendredi 15 juillet 2011, par Xavier Leroux

Spécialiste reconnu de la population, Gérard-François Dumont (Paris IV) s’intéresse ici à la question de l’exclusion qu’il rappelle être une marginalisation multiforme d’une partie de la société. Et c’est bien parce qu’elle comporte de nombreux visages que l’auteur considère l’exclusion comme généralement trop partiellement analysée et qu’un regard en profondeur est nécessaire.

Ainsi pour construire un « indice synthétique d’exclusion » solide, ce sont 13 indicateurs provenant de 4 institutions différentes qui sont mobilisés :
- 6 indicateurs censitaires issus de l’INSEE (taux de chômage, taux de logements HLM, taux d’ouvriers et d’employés, taux de non diplômés, taux de familles monoparentales, taux d’emplois aidés),
- 3 indicateurs fiscaux de la DGI (revenu fiscal médian, part des ménages fiscaux non imposés, limite du 1er décile du revenu fiscal des ménages),
- 1 indicateur de la Banque de France (l’indice de surendettement),
- 3 indicateurs de la CAF (part de la population bénéficiant du RMI, taux d’allocataires de l’AAH [1], taux de bénéficiaires de l’API [2]).

Si l’exclusion touche entre 6 % et 11 % de la population et tous les milieux spatiaux, c’est en zone urbaine, là où l’exclusion est la plus hétérogène, que l’auteur propose de tester sa méthode et plus précisément dans les grandes métropoles régionales françaises pour se distancier de l’exemple parisien trop souvent convoqué. En cela, 6 terrains sont analysés (Lille, Bordeaux, Nice, Marseille, Toulouse et Lyon), inévitablement situés en majorité au sud du pays.

Ces présentations techniques faites dans une première partie, l’ouvrage développe dans une seconde partie un portrait de chaque métropole selon la série d’indicateurs avant de les rassembler selon « l’ISE [3] » dans une troisième partie.

Même si l’on est impatient d’aller directement voir cette troisième partie, on peut progressivement se rendre compte de la physionomie de ces territoires et de percevoir si l’exclusion est centrale ou davantage périphérique. Qu’il s’agisse d’un territoire à faible emprise foncière (Bordeaux) ou dominante par rapport au reste de son agglomération (Toulouse), l’exclusion semble se concentrer dans la commune-centre tout comme pour Marseille à qui s’ajoute un pourtour sud de l’étang de Berre peu favorisé également. Lyon est plutôt marquée par une coupure Est-Ouest alors que Nice révèle les limites de l’industrie touristique et des emplois saisonniers. La situation lilloise est à l’image de l’originalité de sa configuration : l’exclusion se concentre dans les trois communes-centres laissant des interstices en meilleures postures.

La fin de la démonstration s’appuie sur la comparaison entre le modèle urbain européen (l’exclusion augmente au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre, situation qui serait symbolisée par Paris) et le modèle américain (l’exclusion diminue en s’éloignant du centre, situation qui serait symbolisée par les 6 métropoles régionales ici étudiées mais avec des nuances – Bordeaux et Lyon tirant leur épingle du jeu en tant que « modèle américain atténué »).

Des facteurs explicatifs sont livrés pour justifier cette géographie centripète de l’exclusion : chômage dû au redéploiement périphérique de l’industrie, forte présence d’immigrants, d’étudiants en situation précaire, d’habitat insalubre, de résidents de grands ensembles et de populations marginalisées comme les SDF.

Une analyse très détaillée, de nombreuses cartes pouvant illustrer des situations très précises et des prolongements potentiels variés comme ceux évoqués en conclusion : questionner les acteurs de terrain, élargir l’enquête à l’échelon infracommunal ou encore se livrer à des comparaisons temporelles.

Merci pour la vidéo, j'ignorais cette ignorance!

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Mar 31 Jan - 19:23

A mon tout de participer au débat !

Je n'ai pas lu tous les posts, mais j'aimerai apporter mon point de vue de professeur de lycée. Pour alimenter le débat, une référence me semble essentielle celle de Michel Lussault dont l'un des derniers livres (De la lutte des classes à la lutte des places (2009)) montre comment :
1. les géographes peuvent renouveler la pensée
2. l'espace urbain se fragmente aujourd'hui
En effet, il reste à définir les acteurs qui construisent l'exclusion. En retournant le questionnement, on peut en effet se demander si celle-ci ne se fabrique pas en creux. La problématique du logement me semble essentielle. Sont exclus d'un quartier, ceux qui n'ont pas les moyens financiers d'y habiter. Les populations favorisées sont donc les premiers moteurs de l'exclusion des autres populations. En faisant ainsi, elles sélectionnent aussi les écoles, les commerces et ainsi de suite.

Il y a un an, nous nous interrogions au sein d'une équipe de professeurs de l'opportunité d'utiliser l'expression de ghetto pour qualifier les quartiers très privilégiés ("ghetto de riches" dans le langage plus courant). La question mérite d'être soulevée. On peut aussi citer les travaux des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot, mais également la thèse du géographe Renaud De Goix sur les gated communities aux Etats-Unis. Ces quartiers séparés des autres par un mur de sécurité et une entrée contrôlée sont symptomatiques d'une volonté de "s'exclure" des autres populations.

Qu'en pensez-vous?
Benoît
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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Mar 31 Jan - 21:16

Cher Thibault,

Dans un précédent post, vous citez un compte rendu d'un livre de G-F Dumont, par Xavier Leroux. Il faut cependant indiqué la source de provenance du compte-rendu. C'est un minimum.
Ce compte-rendu provient du site des clionautes www.clionautes.org. Cette association qui rassemble essentiellement des professeurs d'Histoire et de Géographie propose à ces adhérents de réaliser des compte-rendus d'ouvrages scientifiques en HG. Ceux-ci reçoivent gratuitement le livre, mais s'engagent à en faire un compte rendu publié sur le site. Le compte-rendu est copyright clionautes.
Il me semble important de le préciser, ayant moi-même réalisé des comptes-rendus pour cette association.

Bien cordialement,
Benoît
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Thibault Renard

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Mer 1 Fév - 11:10

Merci de le préciser avec des informations supplémentaires, c'est un oubli.

Quant-à l'ouvrage de Lussault j'aimerais vous voir préciser le rôle qu'il entend donner aux acteurs dans le phénomène de l'exclusion. Car si c'est pour dire que les populations riches excluent les populations pauvres, j'ai bien peur que Marx se retourne dans sa tombe qu'un tel discours reprenne un ouvrage fondamentale de sa pensée (La lutte des classes en France, 1850).

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Tobashi

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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   Lun 8 Oct - 19:43

Bonjour à tous,

Est-ce qu'il y a un mémoire en ligne qui traite ce sujet qu'est la géographie de l'exclusion. Ce sujet m'intéresse beaucoup et je crois que je peux le développer pour mon mémoire!

Merci d'avance!
Cordialement
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MessageSujet: Re: Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion   

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Débat du mois de janvier 2012 : Géographie de l'exclusion

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