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 Bref Tableau critique de la recherche géographique en France : un billet d’humeur

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Wishyourworld

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MessageSujet: Bref Tableau critique de la recherche géographique en France : un billet d’humeur    Dim 8 Juil - 1:00

La recherche, c’est sans doute l’un des métiers les plus passionnants du monde mais c’est aussi l’un des plus convoité. On le souhaite non pas pour le salaire qu’il peut dégager mais pour les possibilités et l’ouverture au monde intellectuel qu’il offre.
D’année en année, on a vu se réduire les postes disponibles et en parallèle grossir les cohortes de docteurs en mal de reconnaissance.

Mais cette question du recrutement mérite à bien des égards de s’y arrêter.
Un concours ou plutôt des concours de la recherche, il en existe beaucoup chaque année. Cela se présente sous la forme d’une lutte pour un poste unique.
10, 20, 70, 200 ou 300 candidats pour un seul poste ou parfois deux, c’est vraiment peu. Peu quand on sait qu’a l’issue des recrutements, selon les chiffres officiels de ministère, 35 à 40 % des docteurs tout de même pourront dans les cinq ans qui suivent leur thèse obtenir l’un des précieux concours (Chercheur, maitre de conférences ou ingénieur).
Mais cela sous entend aussi que pour 60% des doctorants, il a fausse route.
Cela est d’autant plus dramatique que si la voie royale n’est pas possible, les autres options restent difficiles à trouver. Il est aujourd’hui paradoxalement nettement plus difficile pour un docteur de trouver un premier emploi que pour un titulaire d’un simple master II. Il est donc clair qu’il y a ici un manque d’accompagnement de la part des enseignants de leurs anciens malheureux doctorants.

C’est qu’en réalité, il existe une vaste hypocrisie dans le monde la recherche. Notons ainsi que c’est sans doute l’un des ministères qui compte le plus de précaires et de contractuels en général.
Ensuite, observons que souvent le chercheur ou l’enseignant chercheur est en déplacement, occupé à l’administratif ou à faire ou à préparer des cours. Peu de place donc pour la recherche même si de grands noms parviennent à émerger et laissent une certaines empreinte dans ce petit monde.
Aussi, le véritable chercheur besogneux est aujourd’hui le doctorant ou le post doctorant maintenant (on inventa un nouveau statut tampon à la fois pour combler les manques mais aussi donner encore un peu plus de flexibilité au système). Voila donc une de ces scandaleuses hypocrisies, le chercheur ou du moins celui qui cherche est aussi le plus précaire, payé au lance pierre.
Cela est sans compter tous ce qui va avec ce statut et la manière dont le doctorant est traité dans les faits. Certainement moins considéré qu’un technicien de base, il est la plupart du temps soumis à une pression constante. Le post doctorant est traité de la même manière et peut être encore plus dans la mesure où la durée des contrats est encore plus courte.

Il est donc souvent plus perieux d’être contractuel dans l’enseignement supérieur et la recherche que d’être en CDD dans le privé ou le distinguo entre les statuts n’existe pas.
Reste ce douloureux problème du concours et sur ce point il y en a beaucoup à dire. Peu de places donc avec des files d’attente qui se rallongent tous les ans. Comment est donc sélectionné le candidat ? En théorie sur les recherches, on parle de l’excellence des dossiers recrutés.
Mais en réalité, les choses sont infiniment plus complexes.
Déjà, il est tout à fait clair que le processus même du recrutement implique une dose de subjectivité importante dans le choix du futur collègue. Ensuite, il est aussi évident que le principe de cooptation est la règle.
La conséquence est désastreuse, le recrutement procède par reproduction à l’identique du corps professoral. Il n’y a ici aucune place à l’imagination, à l’originalité, on ne recrute que ce que l’on connait, à la fois la personne mais également ses travaux.

Bref, la recherche du dit candidat doit absolument s’inscrire dans une démarche collective sous peine du rejet automatique du dossier. Ensuite, elle doit procéder selon des principes reconnus, non construits et établis par le candidat lui-même. En conséquence, il n’apportera ici qu’une évolution limitée d’un ensemble plus grand dont il ne sera jamais l’auteur individuellement. Se pose donc ici sans doute avec âpreté le problème de l’inventivité, de l’imagination, de l’originalité d’une étude, et plus généralement de la recherche fondamentale. Le soucis est que ,à vouloir tuer à tout prix l’individualité dans la recherche, on a aussi sans doute lissé et standardisé la production géographique à telle enseigne que l’on trouve aujourd’hui une certaine uniformité dans les travaux des doctorants. Peu de place pour les erreurs dans la mesure où la recherche est pâturée, surpâturée et donc bien connue et reconnue.

L’autre caractéristique de cette recherche officielle et reconnue est aussi qu’elle est souvent pratique ou tout du moins en géographie. Elle l’était déjà depuis le début des années 2000 et cette tendance ne fait que progresser. La recherche fondamentale est donc souvent proscrite car jugée inutile, on lui préférera des projets de courte vue directement applicables, facilement compréhensible par tous.
Autre enseignement, la géographie tend à évoluer vers l’excellence littéraire avant toute chose, sans doute parce que cela parle au plus grand nombre. Elle relègue donc la technique au second plan, la soumet à la loi du texte, argumente d’avantage sur des domaines publics et politiques. Le chiffre s’il est présent dans l’étude ne reste alors qu’une illustration.
Enfin, la géographie théorique et quantitative suscite moins de vocation où tout du moins est largement affaiblie. Le gain des années 80 et 90 semble donc avoir été mis entre parenthèse.
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Wishyourworld

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MessageSujet: Re: Bref Tableau critique de la recherche géographique en France : un billet d’humeur    Dim 8 Juil - 12:28

Je rajouterai dans ce texte que les méthodes de recrutement sont souvent particulièrement opaques.
Elles relèvent aujourd'hui, pour une grande partie, du comité de selection ou du jury.
Contrairement à un concours écrit, il n'y a aucune honte à ne pas être retenu ici.
Divers élements influent sur la décision du jury :
- le candidat
- l'intérêt de ses travaux
- le rapport au profil du poste
- son parcours

Ce système est largement décrié voire même exaspère un grand nombre de doctorants ou de docteurs et cela à juste titre.

On le voit tous les jours, les décisions prises sont souvent le fruit de tractations entre enseignants. "Je recrute untel et tu m'aides pour le recrutement de untel et la promotion de untel...".
Ces pratiques sont parfaitement scandaleuses mais extrêmement courantes. Il est du reste clairement dit qu'aucun candidat ne pourra être recruté s'il ne connait pas au moins 3/5 des membres de la commission.

Alors, on s'interroge, on s'interroge beaucoup en dehors de ce système. Bien sûr les nouveaux membres élus ne sont pas mauvais, cela n'est pas possible compte tenu du nombre de candidats. Mais il aurait été tout à fait possible de recruter un autre candidat meilleur et cela n'a pas été le cas pour des questions de copinage et d'affinité.

Ou est donc la justice ? En réalité, elle n'existe pas et souvent certains se voient obligés de rechercher ailleurs avec difficulté un travail quand au même moment ils apprennent que leurs anciens camarades moins bons qu'eux ont été choisis.
Quel en est le motif ? Pour quelle raison ? En interrogeant les membres de la commission, on trouvera mille justificatifs pour cacher en réalité une préférence et un choix arbitraire pour un candidat donné.

Le plus clair pour tous aujourd'hui est donc que l'ensemble de ces concours ou presque est "moustaché", un poste, un candidat pré-choisi. Le concours n'est donc la que pour formaliser une décision prise a priori en tout petit comité.

Ce système favorise donc les réseaux et élimine par nature les électrons libres.
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Bref Tableau critique de la recherche géographique en France : un billet d’humeur

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