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 La géographie, c'est la description de la surface de la Terre

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Yeah_Dude

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MessageSujet: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Lun 7 Juil - 23:52

Je me suis pas mal interrogé dans cette section du forum sur ce qu'était la géographie. J'étais très troublé par le flou total autour de sa définition, et sa capacité à aller traiter de tout et n'importe quoi sans unité entre les problématiques et les méthodes, et à se rattacher à des thèmes traités par d'autres disciplines sans entretenir de contacts avec les chercheurs qualifiés dans celles-ci.

La géographie, c'est la description de la surface de la Terre. C'est tout bête, c'est parfaitement évident, mais j'ai mis des années à m'en rendre compte cependant, parce qu'on m'avait expliqué depuis le début de mes études qu'il s'agissait d'une discipline à vocation explicative...

C'est ça, le noyau dur de la discipline, l'activité qu'elle est seule à faire et qui la distingue des autres. Acquérir, traiter, archiver, analyser, représenter et enfin diffuser l'information géographique. Pas "traiter de l'espace" sous toutes ses moutures, y compris dans le cinéma comme le fait le dernier numéro des "Annales de géographie".

Mais comment se fait-il qu'on ne me l'ai pas clairement dit tout de suite? Pourquoi est-ce qu'on s'acharne à discuter de la place de la discipline par rapport aux sciences sociales ou aux sciences naturelles, alors qu'elle ne relève d'aucun des deux domaines?

Comment se fait-il que la construction intégralement universitaire d'une géographie comprise comme explication de "l'espace" n'ait jamais été vraiment remise en cause? Que l'on continue à s'extasier sur les possibilités offertes par l'étude de l'espace perçu, voire artistique, alors que ces domaines relèvent tout simplement d'autres disciplines?

Je ne comprends pas, ça me dépasse. On postule arbitrairement que "la géographie est une science humaine", comme on a pu postuler pendant un demi-siècle qu'elle était géomorphologie, sans plus de recul, sans se demander ce qu'elle avait pu être avant Vidal de la Blache, sans se demander même pourquoi on parlait de "géographie"... Comme si la discipline avait été créée il y a 150 ans!

Et pourtant ses origines subsistent dans l'inconscient des universitaires... sinon, ils ne resteraient pas attachés aux cartes.

Mais que personne ou presque ne songe à réagir face au spectacle d'une bulle universitaire qui ne communique presque pas avec les autres disciplines tout en prétendant en être la synthèse, ou en avoir une vision globale, vraiment, je ne saisis pas. Les géographes ne communiquent même pas entre eux, associer "géographie physique" et "géographie humaine" est le cadet de leurs soucis, ils s'appliquent simplement à faire de la sociologie ou tout ce que vous voulez dans leur coin, sous prétexte d'avoir une approche spatiale. Ce n'est pas normal! Leurs travaux ne sont pas forcément dénués d'intérêt, mais ils devraient être intégrés aux communautés scientifiques appropriées, et non pas être menés en parallèle sans que l'on ne connaisse leur existence!

"Penser l'espace", mais c'est beaucoup trop flou, on ne peut pas fonder une discipline sur un pareil paradigme... On en arrive à traiter d'espace diégétique, on en perds même de vue l'espace géographique, celui inscrit à la surface de la Terre!

La géographie n'est pas une approche spatiale, si on devait la définir comme cela alors on n'aurait pas à l'enseigner à part, la raison voudrait qu'on en dilue l'enseignement dans chaque vraie discipline, pour expliquer l'intérêt d'appréhender les enjeux spatiaux d'un sujet.

Que dirait-on si l'on se mettait à définir l'Histoire comme "l'étude du temps"? Et que l'on se mettait à partir de là à regrouper dans une même discipline des travaux sur le temps en littérature, la mesure physique du temps, les temps géologique, la culture du temps dans les sociétés humaines, et la chronologie politique? C'est totalement absurde!!

Je reviendrais si vous voulez sur la définition de la géographie comme description de la surface de la Terre, je l'ai abordée déjà dans mes sujets précédents sur ce forum, dans cette section sur l'épistémologie. C'est tout simplement son sens premier, c'est même directement la signification du mot.

J'espère que vous réagirez, même si vous n'êtes pas d'accord, c'est un sujet très important, je suis toujours très surpris du manque d'intérêt qui semble porté aux questions épistémologiques alors que celles-ci devraient être discutées très sérieusement par les géographes. Merci de m'avoir lu.
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Verpadoro

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Jeu 10 Juil - 19:41

Depuis un bon moment, je pars du principe qu'une définition simple de la géographie, c'est l'analyse et l'explication de tout ce qui forme la rugosité de l'espace terrestre. Avec des racines portant sur la terre ("géo"). Graphie -> une trace, une griffure à la surface de la croûte terrestre.
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Yeah_Dude

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Ven 11 Juil - 20:11

"graphie" ne fait pas référence à une trace sur la terre, mais beaucoup plus simplement à la description, de "graphein", par l'écriture (les récits de voyageurs, ou encore les livres qui décrivaient les côtes pour permettre aux navigateurs de se repérer jusqu'à une période assez avancée) ou par le dessin (la méthode cartographique de restitution de l'information géographique).

Le mot "géographie" lui-même signifie directement la description de la surface de la Terre.

Description.

Pas : explication.

Contrairement à la description, qui est faite en mobilisant l'ensemble des sciences géographiques qui sont propres à la discipline comprise dans son sens authentique, l'explication peut se faire selon une myriade d'approches différentes. On peut expliquer par l'économie, par le social, par les dynamiques des milieux naturels, par l'histoire...

D'où la façon qu'a eu la géographie universitaire de mobiliser de manière superficielle l'ensemble de ces disciplines pour expliquer l'organisation de l'espace géographique.

Enfin, si encore elle avait vraiment gardé bien en vue ce dernier but, elle aurait peut-être pu donner naissance à des études territoriales vraiment intéressantes, dans lesquelles auraient collaboré des chercheurs directement issus des disciplines aptes à fournir l'information relevant des divers domaines concernés.

Mais les géographes universitaire me donnent l'impression de ne même pas penser encore que leur discipline devrait logiquement s'intéresser à l'espace géographique, à la surface de la Terre. Au lieu de mobiliser des approches pour expliquer la configuration de cet espace (ce qui ne serait pas pour autant de la géographie, mais qui serait encore compréhensible), ils en sont venus à considérer que leur objet d'étude est l'espace des sociétés (ce qui est une grosse erreur : il existe sur Terre des espaces qui ne sont pas habités, comme l'Antarctique, et que l'on ne peut pourtant pas écarter de l'espace géographique auquel la discipline se réfère par définition), puis finalement de plus en plus l'espace tout court.

On voit donc des travaux qui traitent de l'espace domestique, de pratiques spatiales, de la place de la femme dans un marché, ou carrément de l'espace diégétique au cinéma, ce qui n'a rien à voir du tout avec l'espace géographique, i.e la surface de la Terre.

Et ça ne choque visiblement personne.

La discipline lorgne sur toutes sortes de disciplines au nom d'une approche spatiale (appréhender les dimensions spatiales d'un objet d'étude c'est intéressant, mais ça ne suffit pas à fonder une discipline ; comment peut-on sérieusement prétendre qu'au nom d'une approche spatiale il est pertinent de regrouper dans un même champ disciplinaire les études de genre et la géomorphologie? C'est parfaitement grotesque). Mais elle ne va pas à la rencontre de celles-ci, la géographie leur est à peu près inconnue alors qu'elle prétend pouvoir traiter des mêmes sujets et qu'elle fait dans son coin des travaux qui en relèvent en fait directement (quand on étudie l'espace domestique on fait de la sociologie).

Du même coup les géographes ne passent pas par le contrôle académique de personnes réellement qualifiées dans le domaine qu'ils abordent quand ils produisent leurs travaux. D'où est-ce que le comité de lecture des "Annales de géographie" tire la compétence pour valider des travaux relevant de la recherche sur le cinéma?
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Yeah_Dude

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Ven 11 Juil - 21:09

Je m'égare un peu, le sujet est long à traiter.

Je voulais simplement insister sur les points suivants :

- la géographie universitaire voudrait être, à l'image de la sociologie ou de l'économie, une discipline explicative qui produit des savoirs.

- cependant, alors que ces disciplines traitent de phénomènes proprement économiques ou sociologiques (ou même géologiques etc pour les sciences naturelles que la géo a parodié pendant longtemps), la géographie universitaire ne traite pas de phénomènes géographiques.

- Ceux-ci existent pourtant : ils sont ce qui caractérise la surface de la Terre. La géographie réelle, celle des Ptolémée, Buache, Bonne et tant d'autres, décrit la surface de la Terre, ce qui est une activité qui ne relève d'aucune autre discipline. C'est son activité par définition, l'étymologie du mot est parfaitement claire et cohérente avec son histoire. Quand Edouard Imhof est allé dans l'Himalaya pour mesurer des sommets et les cartographier, il faisait de la géographie, il faisait progresser les connaissances géographiques.

- La géographie universitaire n'est cependant pas héritière de ce savoir, elle n'a pas été fondée à partir des sciences géographiques (géodésie, topographie, photogrammétrie etc). Elle a été fondée par un historien, Vidal de la Blache, qui, doté d'une culture littéraire et d'un intérêt pour les sciences naturelles, s'est basé sur la démarche de Ratzel pour produire un ouvrage de synthèse de connaissances diverses sur la France : les fameux "Tableaux".

- Cet ouvrage fondateur ne constitue pas un apport scientifique, il ne produit pas de connaissances nouvelles. Il s'agit d'une synthèse de données diverses, sur l'industrie comme sur la géologie, présentées au fur et à mesure d'un immense commentaire de cartes (commentaire superficiel d'ailleurs, on ne peut pas dire que le propos soit très profond), et destiné à présenter la France aux élèves qui vont en apprendre l'Histoire avec les livres de Lavisse.

- Le propos de Vidal s'intègre d'ailleurs très bien à ces bouquins : Lavisse présente l'Histoire de France telle que vue par la IIIe République, Vidal la complète en donnant la vision du territoire national que promeut celle-ci, comme le faisait "le tour de France par deux enfants". Vidal de la Blache était d'ailleurs un personnage totalement conformiste, dans l'air de son temps, ses travaux le sont tout autant.

- Surtout, il faut bien comprendre que cette géographie universitaire a eu dès son fondement non la vocation de produire un savoir sur un sujet non traité par les autres disciplines, mais la vocation de présenter à destination du milieu scolaire une vision du territoire national et du monde allant dans le sens du pouvoir et de la société en place. D'où le fait qu'il ait été décidé de l'enseigner dans les écoles plutôt que la sociologie que défendait Durkheim, qui elle pouvait être bien plus subversive dans ses analyses.

Tout cela, Yves Lacoste l'a très bien compris quand il a dénoncé la "géographie des professeurs". Non qu'il y ait forcément eu complot pour cacher l'utilité d'une pensée spatialisée, mais la géographie universitaire a été fondée comme la diffusion d'un discours formaté sur le monde destiné aux élèves (on peut penser pour l'époque à des thèmes comme l'Alsace-Lorraine), elle était par définition non-subversive et inapte à produire du savoir. Les géographes universitaires synthétisaient des données de diverses natures pour produire ce discours, ils ne disposaient par contre pas du baguage suffisant pour apporter ou produire des connaissances. Vidal traitait bien de géomorphologie, mais à partir des cartes géologiques, il n'a jamais développé de méthodologie pour en faire progresser les connaissances.

De même d'ailleurs pour son successeur de Martonne, qui en recentrant la discipline sur la géomorpho d'une part n'avait pas compris l'essence de celle-ci, mais qui ne l'a pas non plus fait progresser en termes de méthodes d'acquisition ou d'analyse de la donnée. En 1950, les géographes, qu'il soient plus "géomorphologues", "régionaux" ou "humanistes", font toujours strictement la même chose : ils synthétisent de la donnée déjà existante pour produire un discours. Ce qui donne dans les caricatures les plus extrêmes les thèses à plan tiroir sans rapport entre les parties. Regardez le "que sais-je" de Pierre George sur les "méthodes de la géographie", on est entièrement dans la synthèse de données (on commente les cartes, on rassemble des infos, des chiffres etc).

- La géographie universitaire n'a, du fait de cette situation, jamais quitté le cadre universitaire et scolaire quand sont menées les grandes opérations d'aménagement du territoire pour lesquels les géographes ne sont même pas consultés. Naissent alors des volontés de développer une "géographie appliquée" : le concept est très révélateur, les géographes n'ont jusqu'à ce moment rien développé du tout qui leur permette une quelconque application. Ils savent synthétiser, mais ils ne sont vraiment compétents en rien (puisqu'ils ne savent pas décrire la surface de la Terre, et qu'ils ne connaissent que de manière superficielle les disciplines sur lesquelles ils lorgnent), et ils n'ont jamais mis en place des méthodes d'analyse ou de production de donnée.

C'est bien normal, ce n'est pas leur rôle, ils sont là pour former des enseignants à diffuser une vision particulière du monde. La géographie universitaire n'a à peu près rien produit en termes de savoirs nouveaux, comparé aux autres disciplines des sciences humaines comme naturelles. Autant elle suit avec intérêt les évolutions de celles-ci et les reprend à son compte, autant elle n'a pas le plus petit impact sur l'étude des domaines auxquels elle s'intéresse du moment qu'on sort de sa bulle universitaire. Les géologues ne connaissent pas les travaux des "géomorphologues" qui commentent des cartes géologiques à partir de concepts hors d'âge depuis leur fac de lettres.

Les géographes prétendent bien avoir une "vision globale", mais celle-ci n'est que connaissance superficielle de disciplines variées, ils n'ont absolument pas développé d'outils d'étude des interactions entre phénomènes divers comme a pu le faire l'écologie, née à la même époque que la géo universitaire.

- Cette situation de creux épistémologique est à l'origine des différents craquements et changements de paradigmes que connaît la discipline dans la deuxième moitié du XXe siècle. Les géographes veulent se mettre à produire de la donnée, et ne comprennent pas la vraie nature de leur discipline, synthétique par nature. Ils se mettent donc à la recadrer, délaissant la parodie de sciences de la Terre pour se tourner vers les sciences sociales, voire parfois économiques (je pense notamment au courant de l'analyse spatiale, qui s'intéresse aux travaux d'économistes comme Alfred Weber ou Christaller), les littéraires s'y sentant plus à l'aise.

Ce n'est en fait pas mieux, on est dans le même travers qu'avec le centrage opéré par de Martonne sur la géomorpho : les géographes se mettent à faire de la sociologie spatialisée. Normal : quand on veut produire de la donnée sur les sociétés, on fait logiquement de la sociologie. Mais les géographes la font dans leur coin sous le nom de "géographie sociale".

- En cadrant la géo comme l'étude de l'espace des sociétés, les géographes perdent de vue le rattachement à l'espace géographique qu'avait encore la "géographie régionale". Parce qu'effectivement, "l'espace des sociétés" ne peut être réduit à l'espace géographique : c'est dans cette logique qu'Armand Frémont se met à parler d'espace vécu, ou que d'autres se mettent à étudier la culture de l'espace dans les différentes sociétés (voire font tout simplement de l'ethnologie sous le titre de "géographie culturelle").

Ils faisaient de la sous-géologie, ils font désormais de la sous-socio, parce qu'ils n'ont pas la cohérence de rejoindre ce champ disciplinaire au nom d'une vision globale qui n'est en fait que très peu pratiquée.

Yves Lacoste, lui, comprend beaucoup mieux les impasses épistémologiques de la discipline. Il les dénonce avec son "la géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre", et part faire de la géopolitique, discipline qui elle définit très clairement son objet d'étude. Il ne pousse cependant pas jusqu'au bout la logique du raisonnement : il continue à voir la géographie comme une analyse de l'espace mêlant sciences naturelles et sciences sociales, alors que la géographie des officiers est en vérité celle qui décrit la surface de la Terre (c'est celle qui est faite par le service géographique des armées, et qui est toujours pratiquée par le régiment de géographes actuellement, divisé en topographes et cartographes).

- Les géographes universitaires ne tirent pas non plus les conclusions qu'ils auraient dû tirer, et continuent dans leur voie. Ils n'ont cependant pas fait changer la discipline autant qu'ils le pensent. Ils ont conservé le paradigme explicatif, continuent à rester dans leur coin, et la discipline conserve totalement sa vocation de production de discours à destination du monde scolaire.

Le succès de Roger Brunet est comme celui de Vidal un succès scolaire : on retrouve ses concepts dans tous les manuels, et on diffuse largement une vision du monde dans lequel Paris serait exclue des centres de décisions européens, ceux-ci étant concentrés dans la "Banane bleue". Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Ce n'est donc pas du tout étonnant que Lacoste l'ait attaqué avec une telle vigueur, lui qui avait compris mieux que tous le côté pernicieux de la géographie comme discipline de professeurs destinée à faire entrer dans les esprits des schémas de compréhension du monde allant dans le sens des actions et conceptions de la société en place. Il faut voir dans les dynamiques profondes de ce désaccord plus qu'une simple discussion épistémologique sur la validité ou non de définitions de lois de l'espace, il faut bien comprendre qu'il s'agit là de l'opposition entre un chercheur qui a eu la cohérence de relancer une discipline apte à produire des concepts et du savoir à partir d'un objet d'étude propre, et un chercheur qui a diffusé au sein du monde scolaire des schémas de pensée dotés d'une légitimité académique de manière très cohérente avec l'esprit réel de la discipline géographique universitaire.

Enfin c'est ma vision des choses.

- Mais personne n'a pensé à réhabiliter la description de la surface de la Terre comme définition cohérente de la géographie au sein du monde universitaire. Les géographes n'ont pas compris l'importance qu'il y avait à comprendre clairement l'histoire de la discipline et ses fondements pour orienter leur travail dans une perspective saine. Ils continuent plus que jamais à affirmer arbitrairement que leur discipline relève des sciences sociales (on ne sait jamais au nom de quoi), et traitent de plus en plus de sujets qui n'ont plus rien à voir avec l'espace géographique. Ce qui donne des dérapage comme le numéro des Annales sur la géo et le cinéma, dans lesquels ils se mettent à traiter sans contrôle académique valide de sujets relevant directement d'autres disciplines, en pensant que le saupoudrage des mots "urbanités", "espace", "territoires" et autres constitue une approche spécifiquement géographique, alors que n'importe qui, (et surtout des personnes plus qualifiées) peut en faire autant, pas besoin d'être géographe pour traiter d'espace entre les personnages ou de représentation de l'ailleurs.
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Yeah_Dude

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Ven 11 Juil - 21:16

Il serait beaucoup plus sain que les nombreux travaux de valeur qu'on peut trouver en géo et qui relèvent en fait d'autres disciplines rejoignent les domaines académiques appropriés. Ce serait meilleur pour les chercheurs, qui ne gagnent rien à rester dans une bulle universitaire qui traite de tout et n'importe quoi et dont les branches diverses se payent en plus le luxe de s'ignorer superbement les unes les autres. Et ce serait meilleur pour les élèves, qui pourraient étudier de manière cohérente et développer de véritables compétences plutôt que de se retrouver à voir de manière totalement superficielle une myriade de sujets avant de devoir se spécialiser tant bien que mal dans un environnement qui n'est pas à même de permettre un réel approfondissement. Il est bien meilleur d'aller étudier directement la géologie ou l'économie que de se retrouver à jouer au géologue sans savoir faire un protocole scientifique ou à étudier des dynamiques économiques sans savoir faire d'économétrie.

C'est du bon sens, comment se fait-il que personne ne s'indigne de l'état actuel de la discipline et de son enseignement?
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Yeah_Dude

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Ven 11 Juil - 21:20

Donc pour te répondre, Verpadoro, la géographie ne peut pas expliquer la surface de la Terre, pas dans sa configuration actuelle. Ce domaine pourrait donner lieu à des travaux intéressants à condition d'être fait par la rencontre de personnes compétentes dans les domaines requis et aptes à produire de la donnée. Une démarche de "territorial studies" en somme.

Quand au coup du géographe "médiateur" ou "synthétiseur" que j'ai déjà entendu, je ne vois pas en quoi un sociologue serait moins apte à avoir une vision globale, ce n'est pas parce qu'on étudie sérieusement une discipline qu'on a des œillères ou qu'on ne peut pas avoir une culture suffisante pour discuter avec d'autres chercheurs... Le géographe qui sait produire de l'information géographique par contre peut tout à fait avoir son utilité dans une pareille configuration.
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Yeah_Dude

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Lun 21 Juil - 22:30

Toujours pas de réponse. Le sujet est grave, pourtant. Je m’attendais à des débats passionnés ; las, le coup porté sonne creux.

Suis-je donc condamné à hurler seul, dans le désert intellectuel qu’offre à moi la surdité de mes semblables ? Combien de temps tiendra encore cet édifice branlant, édifié sur les bases de la coopération la plus médiocre avec l’esprit de son temps ?

Il n’y a en fait pas débat. Acquiescez, et vous aurez eu l’honnêteté de vous reconnaître dans une impasse. Gardez le silence, et vous vous marquez à jamais du sceau de la compromission la plus vile.

Non je plaisante, mais je suis surpris de l'absence de réaction. Ma vision de la géo vous semble pertinente ou non? Ne pensez-vous pas que la discipline manque d'un discours bien établi sur ses fondements? Je précise au cas où que je ne viens pas du tout ici en troll, je suis très curieux de lire vos réactions, il y a vraiment de quoi débattre intelligemment je pense. Very Happy 
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Verpadoro

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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Sam 26 Juil - 0:59

Depuis que Thibaut ne passe plus beaucoup sur PG, il n'y a plus beaucoup d'activités.
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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Dim 27 Juil - 11:38

Je suis d'accord. La géographie, c'est la description de la surface de la Terre, tout en restant ouvert-e, comme en histoire, aux explications possibles sans forcément pour trancher : deux géographes connaissent les mêmes choses mais leur géographie est différente, c'est ça ? 

Comme deux historiens connaissent les mêmes choses, mais les mettent en lumière dans deux historiographies différentes. 

En sciences humaines, on ne peut pas échapper à la recherche des causes ! Comme dans n'importe quel domaine...

La géographie est forcément utilie puisque on ne peut pas faire autrement que de vivre quelque part, et on doit organiser l'espace...
Et de toute façon, quand on connait vraiment quelque chose, sa connaissance est forcément applicable à la résolution de problèmes...
La prédiction de choses...
ça marche comme ça en histoire aussi.
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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   Dim 27 Juil - 12:34

Je n'ai pas tout lu avec sérieux et rigueur, car les messages sont nombreux !

Donc ce que je vais affirmer sur ce que je crois avoir compris de ce qui a été dit peut s'avérer inexacte.

Ces précautions étant prises, je peux maintenant détailler un peu ce que je pense de ce sujet. La géographie c'est la description de la surface de la terre ? Pour moi, c'est plutôt l'étude de la spatialité, et donc de plusieurs phénomènes et processus : aussi bien la description des phénomènes physiques et sociaux que leurs dynamiques dans l'espace, que celui-ci soit physique ou non.

Sinon, à quoi servirait le mouvement de la géographie culturelle ? Quand on a pour objet d'étude la maison des inuits et qu'on en fait la comparaison avec l'organisation qu'ils avaient dans leurs igloos (avant la sédentarisation donc, cf l'article de Béatrice Collignon), on peut se dire qu'on se perd, qu'on va trop loin. Pourtant, il me semble qu'on est au contraire dans de l'information géographique : des dynamiques sociales et sociétales voire mentales qui ont des répercussions spatiales.

Finalement, affirmer que les géographes travaillent dans des domaines qui ne sont pas les leurs, s'est vouloir confiner la géographie à la simple description physique des objets. Je pense au contraire que la force du géographe, c'est d'avoir des connaissances dans de nombreux domaines (sans jamais être un expert dans ces domaines) ce qui lui permet de comprendre l'espace.

Pour donner un exemple concret que je maîtrise, dans mon domaine, la géographie environnementale. Sans connaissance en agronomie, en écologie et en biologie, je ne pourrais pas comprendre beaucoup d'enjeux propres aux écosystèmes et à la gestion du vivant. Toutefois, la gestion du vivant et de sa diversité relève de la géographie à mon sens : en effet, il s'agit là de dynamiques inscris dans l'espace, et la compréhension de ces enjeux (de conservation, de protection, d'amélioration ou d'optimisation) passe par un savoir géographique, à savoir comprendre un territoire dans ses spécificités aussi bien physique que sociale (sans quoi, les mesures prises risquent de faire du bruit dans le territoire en question...).

Tout ça pour dire (et j'espère avoir été clair, sinon je m'en excuse), que le géographe n'est pas là pour faire la synthèse ; mais un peu à l'instar des livres de géopolitique, il pioche à droite à gauche des informations et connaissances hors de son domaine pour pouvoir par la suite expliquer les dynamiques spatiales !

Voilà voilà, ce n'est bien sûr que mon humble avis Very Happy (et tu as ta réponse yeah_dude :p)
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MessageSujet: Re: La géographie, c'est la description de la surface de la Terre   

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La géographie, c'est la description de la surface de la Terre

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