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 PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados)

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jpl

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Ératosthène
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PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Vide
MessageSujet: PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados)   PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Icon_minitimeVen 21 Juin - 23:08

Photographie prise le 29 décembre 2010

PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) L1042710


Honfleur permet d'aborder la disparité des deux rives du modèle estuarien de la façade maritime d'Europe occidentale : situé sur la rive gauche du débouché de l'estuaire de la Seine, ce port, seul rescapé avec Bayeux des destructions urbaines de Normandie lors de la Seconde Guerre mondiale, n'a pas connu l'essor du port de vis-à-vis qu'est Le Havre sur le rive droite. Il a ainsi connu une autre forme de valorisation, celle du tourisme, alors que son passé économique était totalement autre et plus diversifié.

Mais il peut aussi être l'occasion de faire dans ce "port pittoresque" de la géographie sensible puisqu'il a été (et continue d'être) souvent peint (et désormais en plus photographié) : Boudin, Monet, Courbet, etc.

Aussi, je ne résiste pas à l'envie de voir accompagner mon commentaire par le contenu du site "La géothèque" qui mérite que l'on relie géographie, littérature et sa propre évocation de ce lieu.

http://geotheque.org/honfleur-par-flaubert-une-geographie-du-sensible/



Honfleur par Flaubert : une géographie du sensible

Publié le 5 septembre 2010 par Jean-Benoît Bouron

PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Honfleur-carte2-300x195
« Un lundi, 14 juillet 1819 (elle n’oublia pas la date), Victor annonça qu’il était engagé au long cours, et, dans la nuit du surlendemain, par le paquebot de Honfleur, irait rejoindre sa goélette qui devait démarrer du Havre prochainement. Il serait, peut-être, deux ans parti.
La perspective d’une telle absence désola Félicité ; et pour lui dire encore adieu, le mercredi soir, après le dîner de Madame, elle chaussa des galoches, et avala les quatre lieues qui séparent Pont-l’Evêque de Honfleur.
Quand elle fut devant le Calvaire, au lieu de prendre à gauche, elle prit à droite, se perdit dans des chantiers, revint sur ses pas ; des gens qu’elle accosta l’engagèrent à se hâter. Elle fit le tour du bassin rempli de navires, se heurtait contre des amarres. Puis le terrain s’abaissa, des lumières s’entrecroisèrent, et elle se crut folle, en apercevant des chevaux dans le ciel.
Au bord du quai, d’autres hennissaient, effrayés par la mer. Un palan qui les enlevait les descendait dans un bateau, où des voyageurs se bousculaient entre les barriques de cidre, les paniers de fromage, les sacs de grain ; on entendait chanter des poules, le capitaine jurait ; et un mousse restait accoudé sur le bossoir, indifférent à tout cela. Félicité, qui ne l’avait pas reconnu, criait « Victor ! » ; il leva la tête ; elle s’élançait, quand on retira l’échelle tout à coup.
Le paquebot, que des femmes halaient en chantant, sortit du port. Sa membrure craquait, les vagues pesantes fouettaient sa proue. La voile avait tourné. On ne vit plus personne ; – et, sur la mer argentée par la lune, il faisait une tache noire qui s’enfonça, disparut. »
Gustave Flaubert, Un cœur simple, 1877.
On aimerait parfois que la géographie soit écrite comme un conte de Flaubert. L’un des objectifs de la géographie est de décrire, d’expliquer, de comprendre l’espace des Hommes. Cet objectif fait référence au sensible, car il faut bien accéder à l’espace par les sens pour le décrire et l’expliquer. Bien souvent, on se limite dans cette description aux éléments visuels, horizontalement (photographie ou croquis de paysage) et surtout verticalement (plan, carte, photographie aérienne…). La littérature est là pour nous rappeler qu’un espace n’est pas seulement visible en deux ou trois dimensions, il est également audible, tactile, odorant … Dans l’extrait précédent, Flaubert décrit une expérience spatiale sensible (un trajet de quatre lieues aboutissant à la ville de Honfleur dans le Calvados). Cette expérience est évidemment visuelle (« des lumières s’entrecroisèrent », « sur la mer argentée »), mais aussi auditive (« hennissaient », « on entendait chanter des poules », « jurait », « criait », « en chantant »), tactile (« se heurtait », « se bousculaient ») et même odorante avec les « barriques de cidre » et les « paniers de fromages ».
PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Fremont-espace-vecu_0001-300x180
Il s’agit bien d’un espace vécu, formidablement illustré. Armand Frémont, l’inventeur de cette notion, s’est d’ailleurs appuyé sur la littérature pour l’illustrer. (carte ci-dessus)(1). L’espace est d’autant plus vécu qu’il est parcouru par l’héroïne. On peut retracer son parcours ; le « calvaire » évoqué par Flaubert correspond peut-être à celui signalé par la carte IGN au lieu dit « La Croix Rouge ». De plus, l’extrait souligne le rapport de dépendance entre le vieux port de Honfleur et le port du Havre, construit au XVIe siècle par François Ier sur un site plus favorable au grand commerce. Les marchandises entassées sur le quai attendent de traverser l’embouchure de la Seine, qu’aucun pont ne traverse avant Rouen, et ne quitteront la France qu’à partir du Havre. Ce rapport de domination s’est renforcé depuis. Le port du Havre est le 5e port pour le trafic conteneurs du Northern Range avec 7,2% du trafic (2). L’importance économique du port de Honfleur est aujourd’hui négligeable en terme de trafic de marchandises (3). C’est un autre secteur de l’économie qui y est valorisé, celui du tourisme. Félicité, l’héroïne de Flaubert y découvrirait aujourd’hui des sensations différentes.
PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Honfleur-port-photo-300x232PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Honfleur-croquis-photo-300x295
Le bassin est plus calme : les petits bateaux de plaisance ont remplacé les paquebots(4) à destination du Havre, on n’y embarque plus de chevaux. Les quais sont toujours bruyants cependant : on entend les conversations des touristes attablés, et en arrière-plan, la circulation automobile et un joueur de cornemuse écossaise. L’odeur de la mer est dominée par les odeurs de cuisson des nombreux restaurants avoisinants. Le toucher est peut-être moins sollicité que dans la bousculade de l’embarquement décrit par Flaubert, mais il est remplacé par le goût des plats et boissons consommés par les touristes. Le mouvement et l’activité se sont déplacés d’une interface (entre le quai et le bassin) à une autre (entre le quai et le rez-de-chaussée des maisons). On peut tenter de cartographier les sensations non visibles sur la photographie ci-contre, c’est l’objet du schéma proposé. Précisons qu’il n’est pas certain qu’il s’agisse du même bassin que celui décrit par Flaubert. Le bassin photographié ci-dessus était sans doute dévolu aux bateaux de pêche.
PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Honfleur-lehavre-panorama-1024x176
PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados) Honfleur-croquis
Si Félicité revenait à Honfleur aujourd’hui, et qu’elle restait sur la D62 qui longe le revers du talus, elle aboutirait à Notre-Dame-de-la-Grâce, qui offre un large panorama sur l’embouchure de la Seine. Munie de son appareil-photo numérique, Félicité pourrait immortaliser cette vue, de la pointe du Havre jusqu’au pont de Normandie (que Victor pourrait aujourd’hui emprunter, en dépit de son tarif prohibitif, pour se rendre au Havre). On peut se plaire à imaginer la description que Flaubert pourrait offrir des raffineries et du pont à haubans. (Loin de moi l’idée de suggérer un sujet de rédaction pour collégiens !). A défaut, on devra se contenter d’un croquis interprétatif (ci-dessus).
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PHOTOGRAPHIE : Honfleur, le vieux bassin (Calvados)

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