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 Les famines

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Thibault Renard

Philippe Pinchemel
Philippe Pinchemel


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MessageSujet: Les famines   Jeu 16 Sep - 20:34

Les famines


Populations somaliennes dans la région éthiopienne de l'Ogaden



PLAN



I. Les famines : une question de disponibilité des denrées alimentaires :

A. Un monde scindé en deux ? Famine et représentations de la famine
B. L'influence du climat tropical et de la répartition de la population
C. Les nombreux apports de l'aide internationale

II. Les famines : une question de capacité d'accès aux denrées alimentaires :

A. La capacité à produire la nourriture : structures agraires en Afrique
B. La capacité à acheter la nourriture : des interférences nombreuses
C. Vers une aggravation de la situation ?

III. Brunel Sylvie, Famines et politique, 2002 : Une typologie des « famines modernes » :

A. Les famines niées
B. Les famines exposées
C. Les famines créées




INTRODUCTION




Amorce sur un fait d'actualité :

Je commence par évoquer les ravages causés par les feux de forêt et la sécheresse en Russie en août. L'embargo décrété sur les exportations de céréales par les autorités russes jusqu'au 1er janvier 2011 à été prolongé - d'après un discours de Mr Poutin du 9 septembre 2010 - jusqu'aux prochaines récoltes. Cela pose de nombreux problèmes. La Russie est en effet le troisième exportateur mondiale de blé, cela va donc occasionner une raréfaction de l'offre et ainsi une augmentation des prix du blé et dans son sillon celui des autres céréales. → émeutes de la faim sévissent à nouveau, à Maputo - Mozambique.

Qu'est-ce qu'avoir faim ? Nous reconnaissons cette sensation dans notre ventre → le problème tient au fait que 850 millions d’êtres humains sur terre sont dans l'incapacité de l'assouvir.

De la faim à la famine. Vous pouvez perdre jusqu'à 50% de votre poids. Votre peau devient toute fine, raide, pâle, froide. Vos cheveux deviennent secs et commencent à tomber. Après 8 à 12 semaines, vous mourrez de faim. Les famines - à la différence des disettes qui sont des périodes temporaires de pénurie – apparaissent quand la situation alimentaire, déjà précaire, devient critique et entraîne une surmortalité ou forte hausse de la mortalité. → phénomène collectif (groupes humains entiers, habitants d'une même région.)
La famine fait appel à la satisfaction de « besoins quantitatifs » ou « food security ». Le seuil de sous-alimentation est de 2500 kcal par jour et par personne pour un individu « moyen » vivant dans des conditions « moyennes ».

Où peut-on mourir de famine ? On parle souvent d'un « mal africain » mais les émeutes de la faim nous rappellent que la plupart des PED peuvent la connaître. La différence c'est qu'en Afrique la peur a laissé place à la tragédie.

Pourtant ne peut-on pas espérer la voir disparaître ? En effet, il y a un siècle et demi la famine était partout : Bihar, Irlande, Ukraine, Chine etc etc.

Mais notre sujet est un sujet de géographie → nous parlerons donc de ce que l'on appelle de manière presque irrévérencieuse les « famines modernes »,


Pourquoi traiter de la notion de « famine » en Géographie ? La famine fait appel à de nombreuses branches de la géographie ainsi qu'aux concepts et outils qu'elles emploient : on peut la cartographier par exemple, elle fait appel :

- au système-terre (nature du sol et milieu tropical),
- à la Géographie sociale et culturelle (les comportements démographiques, les représentations et perceptions qu'on se fait des famines),
- à la Géographie du mouvement (flux d'argent et migrations, fuir la famine),
- à la Géographie rurale et même urbaine ( structures agraires, aménagements périurbains et famines),
- à la Géographie appliquée (gestion des risques, prévention) et impliquée (relation des géographes et de l'humanitaire, engagement politique)
- à la géopolitique (tensions, minorités, la relation du pouvoir à l'espace)

Ainsi la problématique qui ressort est la suivante :

Les mécanismes qui aboutissent aux « famines modernes » - essentiellement africaines – sont-ils liés à une mauvaise organisation et à une mauvaise gestion de l'espace ? Peut-on faire un lien entre régimes non démocratiques et famine ?

Comprendre la famine, c'est avant tout comprendre pourquoi il n'y a pas assez de nourriture pour ses victimes mais c'est surtout comprendre qui ne peut pas – 10000 ans après la révolution néolithique – avoir accès à cette nourriture. Enfin, il serait intéressant de proposer une typologie des « famines modernes ».



DEVELOPPEMENT





I) Les famines : une question de disponibilité des denrées alimentaires

A) Un monde scindé en deux : famine et représentations de la famine



(on peut dessiner la ligne Nord-Sud pendant l'exposé)


1er constat : → Non Willy Brandt ne s'était pas trompé quand en 1980 il a mis au point la ligne nord sud dans son rapport éponyme : sous titré : un programme de survie. Ligne s'adapte à la cartographie de la sous alimentation mondiale : PED et PMA.

→ Aujourd'hui la famine scinde donc le monde en deux parties : d'une part ceux qui la vivent et qui en meurt encore et d'autre part ceux chez qui elle a laissé des traces indélébiles – notamment au travers de la culture.

1) Dans les pays du nord, deux choses influencent nos représentations des famines :

Littérature : Zola dans La Terre parlait de ces : « épouvantables misères, pendant lesquelles les gens broutaient l'herbe des fossés ».
La littérature française regorge de ces malheureux souvenirs, de descriptions allégoriques qui familiarisent encore les lecteurs européens avec ces maux disparus de leur continent : on la retrouve même dans les « contes pour enfant » (ceux que l'on perdait dans la forêt faute de pouvoir les nourrir) ou dans les fables que l'on doit encore apprendre par coeur à l'école élémentaire ( je veux parler de cette cigale imprévoyante allant « crier famine »).
Médias : On a tous en tête les images des enfants squelettiques d'Ethiopie des années 1970 et cela a fini à transformer notre représentation de la famine : c'est en effet la première famine médiatisée. Ces enfants souffraient effectivement de la famine – ils n'avaient strictement rien à manger – mais quelqu'un de maigre, qu'il soit africain ou pas, peut souffrir d'autres maux comme le Sida ou la malnutrition par exemple. Et puis comme le faisait comprendre Victor Hugo dans Les misérables : on ne s'aperçoit pas que Fantine est touchée par la famine par sa maigreur mais plutôt par l'odeur quelle dégage.

2) Aujourd'hui les famines touchent quasi exclusivement des pays africains et c'est pour cette raison que notre étude est exclusivement continentale. Sur ce continent, on recense 17 grandes famines depuis celle du Biafra de 1968-1970. Outre les famines qui causent la perte de milliers de vies humaines on voit l'apparition d'espaces dit de pénuries alimentaires graves et qui concernent plutôt le concept de « faim chronique » plutôt que de « famine ». Pourtant les pénuries alimentaires graves sont un préalable au déclenchement des famines. On remarque que ces Etats sont répartis en Afrique de l'Est (Soudan, Ethiopie), en afrique Centrale (rep. Centrafricaine, Rép. Démocratique du Congo, Congo Brazzaville) et en Afrique australe ( Angola et Zimbabwe). La situation au Sahel et dans le Golfe de Guinée est également grave.


Ainsi l'Afrique concentre à la fois l'essentiel du phénomène qu'il nous est donné d'étudier mais c'est également ce continent qui a peu à peu transformé nos représentations de ce phénomène - au même niveau que nos classiques.


B) L'influence du climat tropical et de la répartition de la population :


Premier constat : Si ce phénomène touche aujourd'hui essentiellement l'Afrique : le problème vient-il du milieu dans lequel vivent ces populations, faut-il être déterministe ? Pourtant comme on l'a vu auparavant, les famines étaient développées en Climat tempéré également, en Europe ou en Asie.

Thèse : le monde tropical, parce qu'il est pauvre, est particulièrement exposé aux catastrophes.

Sylvie Brunel dit qu'Il existe des tropiques développés comme la Floride ou une partie du Japon (Kyushu- Shikoku) seulement ils ne subissent pas les mêmes risques naturels.

On peut tout de même retenir des risques naturels bien connus (grossièrement):

- Dans le sud-ouest du Sahara il existe une mousson africaine qui au contraire de celle de l'Asie est totalement inconstante et conduit à des périodes très longues de sécheresses : cela fait trente ans que ça dure dans le Sahel.
- Répercussion du phénomène El Nino en particulier en Afrique Australe-> la désertification des terres.
- Risques d'inondation en Asie du sud et du Sud-est

Pourtant la Corée du Nord a connu la famine au milieu des années 1990 alors qu'elle a un climat continental froid.

Deuxième constat : Sur les 850 millions de personnes qui sont actuellement touchés de sous-alimentation les ¾ sont des paysans (pas de chiffre pour les famines). Le problème serait-il que la densité de population de certaines régions rurales amène à une faible production par exploitation ? Serait-on trop nombreux pour éviter les famines ?
Malthus, avec son essai sur le principe de la population, 1798 : Selon lui les famines st inévitables... sauf si les hô acceptent de limiter leur nbre.

=> aujourd'hui, certains st tjrs malthusiens : ils n'ont pas forcément tort :

- poursuite de la croissance démogr en Chine ou Afrique alors que la situation est précaire pour les populations préexistantes.
- amène à un déboisement, déforestation, pollution, désertification des sols


Jusqu'à présent, la production alimentaire a suivi la croissance de la population

Aujourd'hui, les disponibilités alimentaires mondiales st suffisantes, en principe, pr nourrir la totalité de la pop mondiale. Chaque être humain dispose en principe de 20% de nourriture en plus entre 1970 et 2010 (or ds ce même laps de tps, la pop est passée de 3,5 milliards à 7 milliards).

Même ds les pays pauvres, il n'y a pas forcément de lien direct entre densité de pop et faim.

Ex : En Afrique, les famines se sont répandues ds certains pays « vides » cô le Congo ou le Soudan (densité rurale inférieure à 10hab/km2) alors que ds certains pays plus peuplés comme le Sénégal (40hab/km2) il n'y en a pas eu. En revanche, en 1974 quand le Bangladesh connaît les pires inondations de sa récente histoire la densité de population est en cause indirectement. Trop de population à nourrir → pas de stocks → catastrophe naturelle → famine.


On peut donc dire que le climat et la densité de population ne sont pas les causes des famines mais que ce sont des facteurs agravants en ce qui concerne la disponibilité des denrées.


C) Les nombreux apports de l'aide internationale :


Il existe des systèmes d'aide internationale compétents qui surveillent l'évolution de la situation alimentaire :

Les signes précurseurs de la famine st bien connus :

- disparition des réserves alimentaires : période de soudure ( mai → sept. au Sahel)
- recours à la cueillette ou à la chasse
→ départ des hô, signe de malnutrition aiguë chez les enfants, sous alimentation chronique.



Les grdes agences d'aide peuvent coordonner des programmes de lutte contre la faim à l'échelle régionale.

Le 1er donateur d'aide ds le monde est l'UE : cf la convention de Lomé qui unit depuis 1975 les pays européens aux pays de l'ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) :

- volet commercial : possibilité pr les ACP d'exporter sans droits de douane, leurs produits vers l'UE.
- volet de coopération : financement de progr de dvpt ds les ACP.

De nbreuses agences des NU travaillent à lutter vs la faim. Leurs moyens d'action leur permettent d'intervenir à l'échelle d'une région entière :

- la FAO (Organisation des NU pour l'alimentation et l'agriculture) gère les systèmes d'alerte précoce er prévient le monde lorsque la pénurie alimentaire menace certaines régions. Elle coordonne aussi les grds centres agronomiques, et travaille à l'augmentation de la prod° agricole des zones déficitaires.

- le PAM (Programme Alimentaire Mondial) gère l'aide alimentaire, distribuée aux pop ds les situations d'urgence par les organismes humanitaires. L'action de terrain n'est cpdt pas suffisante pr éviter durablement la faim.En 2008, le PAM a nourri 102 millions de personnes dans 78 pays et a ainsi livré 3,9 millions de tonnes d’aliments. L'Ethiopie concentre 45% des aides du PAM.

- le HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) prend en charge les premières victimes de la faim qui st les pers réfugiées. Assistance ds les camps.

- le PNUD (Programme des NU pr le dvpt) : lutte vs la pauvreté


Il existe aussi des milliers d'ONG qui opèrent directement sur place ou qui reverse leurs fonds aux organismes des Nations Unies. On peut citer Action contre la faim dont le siège est à Paris : Rapports d'activités de 2009 : 964395 personnes ont bénéficié de leurs programmes de « sécurité alimentaire et moyens d'existence », 8118 tonnes de nourriture ont été distribuées en 2009 et près de 2 millions de kis de sécurité alimentaire (nourriture, argent, coupons, animaux, semences outils...) ont été distribués.


Ainsi on le voit la question des famines est évidemment liée à celle de la disponibilité des denrées. Seulement afin d'enrayer ce phénomène il convient de comprendre ses mécanismes et ainsi de s'attacher à voir les problèmes de capacité d'accès aux denrées alimentaires.


II) Les famines : une question de capacité d'accès aux denrées alimentaires

A) La capacité à produire la nourriture : des structures agraires dépassées, l'exemple de l'Afrique


Les structures agraires sont les conditions sociales et foncières, ainsi que les conditions de marchés. Ainsi elles prennent en considération l'aménagement des espaces agricoles : de la distribution parcellaire à la mise en place d'une logistique de transport des productions.

Si l'on a montré que le climat et la densité de population n'empêchaient pas les sols de la zone tropicale de nourrir leurs habitants il convient de revenir en amont et de comprendre pourquoi ces sols restent soit incultes soit peu performants particulièrement en Afrique. En fait pourquoi des populations ne peuvent pas avoir accès aux infrastructures qui aideraient leur développement.

=> Pour reprendre sur Malthus, il n'avait pas pris en compte une donnée simple : la pression démographique incite les agriculteurs à adopter d'autres techniques agricoles. La productivité s'accroît ainsi mais l'Afrique est restée globalement en arrière de cette évolution.

La production agricole ds le monde se répartit en fonction des sommes et de l'intérêt que les différents Etats accordent à l'agriculture :

- en Occident : les agri st peu nbreux mais aidés, subventionnés.

- dans les pays pauvres, les agri st très nbreux mais peu aidés. Ils doivent affronter la concurrence des pays riches alors que leur productivité reste faible.

On peut rajouter : cf Pierre Gourou : ds son œuvre, il analyse le niveau de dvpt d'une société par la capacité dt elle fait preuve pr maîtriser et aménager son milieu naturel. La maîtrise de son espace par un société dépend de la qualité et du volontarisme de ce qu'ils appelle les « structures d'encadrement ».

Partout où l'agriculture n'évolue pas, la faim s'installe

Les héritages en Afrique :

- Pendant longtemps, les densités de population étaient tellement faibles que les paysans pouvaient se nourrir grâce à l'agriculture itinérante sur brûlis. Mais ils connaissaient de fréquentes disettes quand les pluies manquaient.

- Au début du XXè siècle, les Européens viennent de coloniser l'Afrique, dvpent des cultures de rente (café, cacao...) exportées vers l'Europe.

- En 1960, au moment où les Etats deviennent indépendants, l'Afrique connaît une période de bonne pluviosité, qui entraîne des récoltes abondantes. Les nouveaux Etats, dont le rôle est essentiel, définit les secteurs prioritaires et croient qu'ils vont pouvoir prélever des richesses de l'agriculture pour financer les villes et l'industrie. Pourtant 90% des actifs étaient des ruraux. Les paysans doivent payer toute sorte de taxes et d'impôts. Comme le dit Sylvie Brunel, ce choix des dirigeants était conseillé par des experts étrangers très actifs dans les capitales africaines. Mal rémunérés pour leur travail, ils ne st pas encouragés à produire plus. L'irrigation reste très peu développée, les récoltes dépendent des caprices de le pluie.

- La situation se dégrade très vite : au début des 1970's, la sécheresse revient (famine au Sahel). Les pop st devenues trop nombreuses ds les campagnes par rapport à ce que donne la terre et l'agriculture n'évolue pas : elle est considérée cô un travail ingrat et mal payé.

Aujourd'hui, les rendements agri restent très faibles.

=> la situation pourrait être différente si les Etats décidaient de mieux les rémunérer pr leur travail.

A la différence de beaucoup d'Etats d'Asie et D'amérique Latine qui ont opéré une révolution verte pour augmenter le rendement à l'hectare l'Afrique noire n'a ni créé un système d'irrigation performant, ni dressé une politique de distribution cohérente des terres, ni subventionné ses agriculteurs, ni créé des infrastructures d'importations et d'exportations dans les campagnes.

On peut rajouter : A cela Amartya Sen, qui a reçu le prix nobel d'économie en 1998, ajoute que cette réflexion ne suffit pas à expliquer la persistance des famines, car presque ttes les grdes famines des 50 dernières années st survenues ds un contexte où le prod° de nourriture n'avait globalement pas baissé. C'est la survenue de la famine, parce qu'elle affecte les capacités de prod° d'une partie de la pop, désormais trop affaiblie pr travailler, qui entraîne, les années suivantes, une chute ds la production alimentaire. Ainsi la famine ne serait qu'un maillon d'un cercle vicieux.


B) La capacité à acheter la nourriture : des interférences nombreuses


1er problème : Il faut de l'argent pour acheter de la nourriture quand on en manque.

En 1981, Sen publia Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation, un livre dans lequel il démontre que les famines ne sont pas seulement dues au manque de nourriture mais aussi aux inégalités provoquées par les mécanismes de distribution de la nourriture. L'intérêt que porte Sen pour la famine lui vient de son expérience personnelle. A 9 ans, il fut témoin de la famine au Bengale de 1943 pendant laquelle moururent trois millions de personnes. Sen a conclu plus tard que ce désastre n'avait pas eu lieu d'être. Il pense qu'il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant : la production était même plus élevée que pendant les années précédentes où il n'y avait pas eu de famines. Mais la cause de la famine de 1943 est le fait que la distribution de nourriture a été gênée parce que certaines catégories de la société (ici les travailleurs ruraux) avaient perdu leur emploi et donc leur capacité à acheter de la nourriture.



2em problème : Ce sont toujours les mêmes personnes qui manquent d'argent et donc de nourriture.

cf Amartya Sen : il n'y a pas de lien direct entre le niveau des disponibilités alimentaires et la survenue des famines. Ds ts les cas, seuls certains grpes sociaux bien particuliers st touchés, parce que leur statut, considéré cô inférieur ne leur donne pas accès à l'alimentation.


=> ttes les famines qui se st produites ds la période contemporaine auraient pu être évitées si les autorités politiques des territoires concernés avaient agi pour restaurer l'accès à la nourriture des grpes les + vulnérables.

Ex : la pénurie alimentaire de l'Ogaden en Éthiopie (77 et 2000) était pourtant annoncée depuis 2 ans par les org° humanitaires sans que le gvnt éthiopien leur permette de mettre en place une pol d'assistance. Cette pénurie frappe des minorités d'origine somalienne. Elle survient à point nommé pr permettre à l'État éthiopien engagé ds la guerre avec l'Érythrée de recevoir une aide alimentaire.

Aussi on remarque sur la carte de l'Afrique qu'à chaque fois qu'une famine éclate un conflit armé existe. La nourriture est une arme de guerre : pour cela il suffit de faire un embargo sur les importations de céréales dans certaines régions sécessionnistes ou ennemies par exemple (Biafra en 1968) jusqu'à temps qu'elles meurent.

Ainsi la définition de famine évolue : Sylvie Brunel dans famine et politique « La famine désigne les peuples qui, à un moment donné de leur histoire, voient nier leur statut social et politique, leurs droits fondamentaux en tant qu'êtres humains. »


C)Vers une aggravation de la situation ?


1er problème : La déréglementation des marchés céréaliers et le dumping

Le dumping désigne la vente à perte, c'est-à-dire le fait de vendre un produit à un prix inférieur au prix de revient pour éliminer la concurrence ou pour écouler des surplus.

Depuis les années 1980, les marchés céréaliers ont été déréglementés. À cet égard, les prêts de la Banque mondiale - dont ont besoin en général les pays touchés par la famine - exigent la levée des barrières commerciales sur les importations de produits agricoles de base. Ces mesures, ainsi que d'autres ont mené les producteurs agricoles locaux à la faillite. 
(JADOUL, Xavier - Chargé de projets Amérique latine à ENTRAIDE ET FRATERNITÉ – ANTIPODES, revue de geographie anglo-saxonne radicale et marxiste, n°182, 2008/09, P. 14-20) Selon Xavier Jadoul, es ONG qui soutiennent la relance d'une production locale semblent bien impuissantes face au dumping des multinationales et aux distributions du PAM, qui modifient les habitudes alimentaires. Ainsi on peut se demander si enrayer les famines de cette manière – c'est à dire par la donation ou la vente à bas prix de denrées alimentaires - est réellement la bonne solution. Si elle donne accès à la nourriture ce n'est pas une solution durable.

Exemples : Le Malawi et le Zimbabwe étaient auparavant des pays prospères en excédent céréalier (il faut tout de même mettre en parralèle ce phénomène avec l'expropriation des fermiers blancs à la fin de la politique d'apartheid...), le Rwanda était pratiquement autosuffisant en matière alimentaire jusqu'en 1990, date à laquelle le FMI a accepté le dumping des excédents céréaliers de l'Union européenne et des États-Unis sur le marché intérieur, précipitant ainsi les petits agriculteurs en faillite. En 1991-1992, la famine a frappé le Kenya, un pays qui connaissait un succès pour ses surplus céréaliers.

Ainsi il semble que le mécanisme des famines est complexe et fait appel aux effets pervers de la mondialisation. En 2007-2008 le problème s'est inversé. La dépendance envers les marchés mondiaux et la disparition progressive des exploitations dans certains pays d'afrique a débouché sur une crise grave. En 2007-2008, les prix des céréales ont explosés, les Etats africains ont eux-aussi dû augmenter leurs prix de revente. Cela a abouti à des émeutes urbaines, lieu du pouvoir et de la contestation. Cela semble être parti pour recommencer actuellement avec l'augmentation de 30% du blé entre aout 2009 et aout 2010.

2e problème : Malgré leur poids et leurs moyens, les agences des NU et les ONG peuvent difficilement s'opposer aux Etats.


=> si le désastre initial est bien causé par la nature, la famine, elle, est le résultat de l'action des hô. Elle n'a rien de naturel puisque si l'aide était bien parvenue aux victimes, celles-ci ne seraient jamais mortes de faim.

Ex : qd la sécheresse a frappé les peuples nomades du nord du Sahel, au début des 1970's puis au début des 1980's, les tonnes d'aide envoyées ne st pas parvenues à ces peuples considérées cô des citoyens de 2nde zone : l'aide s'est accumulée ds les villes.
Ces populations pouvaient avoir accès à la nourriture mais ce n'était pas le cas à cause de blocages étatiques.

Le Rapport critique d'Action contre la faim 2009 est criant :

« Les conditions de nos interventions ont malheureusement continué de se dégrader au cours de l’année 2009. La réduction de l’espace humanitaire s’est encore accélérée et l’accès aux victimes devient de plus en plus problématique pour nous partout dans le monde. Le président soudanais qui nous a expulsés du Darfour en mars 2009, refuse de facto l’aide humanitaire aux 450 000 personnes que nous soutenions• »

Ainsi on peut se demander si le philosophe Jean-François Revel n'avait pas raison dès le début en créant le concept de droit d'ingérence humanitaire en 1979 qui permet la remise en cause de la souveraineté des Etats en cas de troubles graves.


Car c'est bien un problème d'accès aux denrées plus que d'un manque de disponibilité des denrées qui cause les famines dans le monde, aujourd'hui. La famine est donc une question politique.


III) Brunel Sylvie, Famines et politique, 2002 : Une typologie des « famines modernes »


Cette typologie est extraite de cet ouvrage. Les catégories ne st pas nettement tranchées, les famines peuvent changer de nature au fur et à mesure de l'évolution du contexte (une famine niée peut devenir exposée). Pour mieux combattre les famines il ne suffit pas de les comprendre, il faut les hiérarchiser, les décortiquer afin de faire des types de famines. C'est important pour mieux planifier l'aide.

Trois types : famines niées, famines exposées, famines créées.

Trois critères : accès à l'aide alimentaire, instabilité politique, surmortalité.

→ Typologie thématique.


A) Les famines niées


Les famines niées : nier leur existence permet d'empêcher que se mobilise l'aide (ce sont les famines traditionnelles qui visent à faire disparaître une population)
Elles visent à la soumission , la reddition ou la suppression d'un peuple. Elles sont devenues des famines niées pour pouvoir persister en dépit des moyens d'information, de sanction et d'assistance internationales.

=> ces famines niées se produisent ds des régimes totalitaires et dictatoriaux.

Ex : On parle souvent du génocide des Tutsis par les Hutus qui s'est déroulé en 1994 au Rwanda. Les films sont nombreux sur ce sujet. Mais on parle moins de la suite des événements qui s'apparentent d'ailleurs également à un génocide. Au Kivu, en 1996, les forces de Laurent-Désiré Kabila, lancées à la conquête du Zaïre, nient qu'une famine soit en train de décimer les pop hutues en fuite ds la forêt après l'offensive de l'armée rwandaise soutenue par l'Ouganda. Considérés cô responsables du génocide, ces Hutus doivent mourir. Kabila interdit l'accès aux ONG. Des milliers de Hutus moururent de famine alors que ce n'étaient une fois de plus que des civils qui n'étaient pas forcément impliqués dans le génocide des Tutsis. (Je vous encourage à lire l'article d'août-sept. 2000 de la revue Esprit de Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal - « Politique de terreur et privilège d'impunité au Rwanda » qui fait état de 50 000 à 200 000 morts de soif et de faim à la frontière du Zaïre).

Si les famines peuvent être niées dans un but politique elles peuvent également être exposées dans un objectif inverse : recevoir de l'aide.


B) Les famines exposées


Les famines exposées : famines qui tirent parti de difficultés pré-existantes (éco, naturelles), les autorités montent en épingle ces difficultés de manière à servir d'appât pour une assistance internationale (famine = piège à aide).

Les nouvelles famines : les famines exposées. Ce qui les démarque des famines classiques, c'est que ce ne st pas des populations « ennemies » qui sont visées mais les propres peuples des mouvements politiques. Les populations affamées sont prises en otage ds un triple but :
asseoir une légitimité pol interne par le contrôle de l'accès à l'alimentation
obtenir une légitimité pol externe en captant l'aide, la visibilité et la reconnaissance internationale.
Permettre la reconversion du mouvement de guerre (généralement des rebelles qui ont pris le pouvoir) en parti politique grâce à la clientèle acquise par les distributions de nourriture.

Ces nouvelles famines exploitent 3 caractéristiques induites par les conséquences de la mondialisation :

la rapidité de la circulation de l'info (à l'inverse évidemment des famines niées)
les poids des Organisation Paysannes (« effet compassion »)
l'humanitarisation croissante de l'aide publique (conséquence de la fin de la guerre froide)

4 pays illustrent parfaitement le principe de la famine « exposée » :

- Irak : le maintien de l'embargo et le contrôle des distributions de nourriture assoient le pouvoir de S. Hussein.
- Corée du Nord : depuis 1995, une famine virtuelle (ce qui ne veut pas dire qu'elle n'est pas réelle) est utilisée pour pratiquer une véritable « diplomatie d'extorsion ».
- Les gouvernements éthiopiens depuis le famine de 1973 : les dispositifs de lutte vs les pénuries alimentaires ne sont actionnées que sélectivement au profit des peuples proches du régime.
- Le Soudan : guerre civile depuis 1983. Manipulation du gvt de Khartoum pr recevoir une aide internationale.


C) Les famines créées


Les famines crées : même type que la précédente sauf qu'elles sont qualifiées de « créées » car rien n'aurait dû faire basculer un peuple ds la famine si sa privation de nourriture n'avait été méthodiquement orchestrée ds un but de propagande.



Les famines « crées » : mise en scène de famines crées de toutes pièces pour pouvoir être ensuite « exposées » à la compassion internationale. Sylvie Brunel parle de nourriture comme d'une « arme de guerre ».

Ex : Liberia (1990-1996), Sierra Leone (depuis 1996), Sud-Soudan (1983-2003) : ds ces pays, rien ne prédispose à connaître la faim (abondance des précipitations, faibles densités de pop, terres riches et fertiles...).

=> Libéria : depuis 15 ans, des populations entières ont été victimes de la faim. Nulle fatalité à ce sort tragique : à chaque fois, les combattants avaient supprimé toute source de nourriture, l'emportant pour leur propre usage. Les bourreaux des civils avaient convoqué les médias et les ONG. Cependant, ils ont ensuite organisé le pillage de l'aide internationale (des sacs d'aide alimentaire maculés de sang se retrouvaient sur les marchés de Freetown encore en 1997).


(légende perdue)

CONCLUSION



Ainsi les mécanismes de la famine sont complexes, multiples et touchent directement à la politique. C'est un sujet très sensible qui amène à une confrontation des différents facteurs. La plupart des pays touchés par la famine sont ou ont été peu de temps auparavant en guerre. Le lien entre famine et régime non démocratique est donc à faire car :

1)La priorité des Etats touché par la famine n'est généralement pas la politique agricole

2)L'accès à la nourriture sert à assoir son pouvoir.

Cependant ce n'est pas toujours la teneur du régime qui doit être mise en cause : la famine du Bangladesh pendant les années 70' nous rappelant que les facteurs naturels et de densité de population ne sont pas à écarter. En effet ce sont des facteurs aggravants voire déclencheurs de famine.
L'aide humanitaire est actuellement confrontée à la prédominance de l'Etat sur certains territoires. Le droit d'ingérence qui autorise avec l'aval de l'ONU un état tiers ou des ONG à intervenir dans les affaires d'un Etat ne s'applique que lors des crises graves. Or, nous l'avons vu, certaines famines sont niées pour les pouvoirs en place. La déréglementation des marchés céréaliers et les apports de nourriture dans ce « Tiers-Monde » comme l'affirmerait encore Alfred Sauvy, provoque une dépendance alimentaire qui ne résout pas le principal problème : le manque de cohérence dans l'aménagement et la planification des exploitations et de leurs structures encadrantes.

On peut donc se poser la question suivante :

Régler les famines dans le monde passe-t-il par l'établissement d'une justice alimentaire de nature supranationale ? Régler les famines dans le monde passe-t-il par la mise en place de systèmes de punitions économiques envers les pays ne respectant pas les droits de l'homme ? Comment condamner et punir un régime sans que sa population en ressente les conséquences ?




Réalisé par Thibault.



BIBLIOGRAPHIE


Ouvrage sur la famine :


- Brunel Sylvie, Famines et politique, Presses de sciences po., 2002

- Amartya Sen, Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation, 1982


Ouvrages sur l'Afrique :


- Brunel Sylvie, l'Afrique, éditions Bréal, 2004

- Dumont René, Pour l'Afrique j'accuse, éditions Plon, collection Terre Humaine, 1993

- Smith Stephen, Atlas de l'Afrique, un continent jeune, révolté, marginalisé, éditions Autrement, 2005


Etude de cas:


- Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal, « Politique de terreur et privilège d'impunité au Rwanda », revue Esprit, article d'août-sept. 2000.


Ouvrages complémentaires :


- Renard Jean, Les mutations des campagnes : Paysages et structures agraires dans le monde, éditions Armand Colin, colelction U, 2005

- Demangeot Jean, Les milieux « naturels » du globe, éditions Armand Colin, Collection U, 10e édition, 2000

- Périgord M., Arlaud S., Dynamiques des agricultures et des campagnes dans le monde, éditions Géophrys, 1997

Ouvrage de méthodologie :

- Cheize Robert, Chédemail Sylvie, La dissertation en Géographie aux concours, Armand Colin, collection Prépas Géo., 1999

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MessageSujet: Re: Les famines   Ven 17 Sep - 11:47

La famine en Afrique et le "mal africain" : Vers une nouvelle tragédie ?

Article du monde diplomatique à méditer ...

Un mouvement spéculatif mondial
Ruée sur les terres africaines


Après les minerais ou le pétrole, les terres africaines suscitent les convoitises étrangères. Des millions d’hectares cultivables ont déjà été cédés, dans la plus grande opacité, par les autorités du continent. A l’initiative de multinationales de l’agroalimentaire et d’Etats, notamment du Proche-Orient et d’Asie, de nombreux projets sont à l’étude qui, s’ils vont à leur terme, mettront en danger les sociétés, les équilibres naturels et l’agriculture locale.
Par Joan Baxter

Les 18 et 19 novembre 2009, le centre de conférences Elisabeth II de Londres accueille le Forum des bailleurs de fonds de la Sierra Leone. A la tribune, l’ancien premier ministre Anthony Blair, dont l’association (Africa Governance Initiative) parraine l’événement, incite vivement les participants à acquérir des terres agricoles dans un pays qui, selon ses mots, « dispose de millions d’hectares de terres arables (1) ». Porté par son enthousiasme, M. Blair semble en oublier les millions de Sierra-Léonais qui dépendent des récoltes que ces terres produisent.

Convaincus d’en retirer d’importants profits, nombre de banques, de fonds d’investissement, de grands groupes industriels, d’Etats et de milliardaires projettent d’installer en Afrique des fermes industrielles géantes pour y produire des denrées alimentaires et des agrocarburants entièrement destinés à l’exportation. Ces opérations de vente à la découpe et de location à long terme de terres agricoles sont volontiers présentées comme des programmes de développement menés au bénéfice mutuel des puissances financières engagées et des pays concernés.

Parmi les tenants de cette approche, la Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale (2) et le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), institution spécialisée du système des Nations unies. En dépit des réticences initiales de son directeur général Jacques Diouf, qui l’avait qualifiée de « forme de néocolonialisme », l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est ralliée à cette pratique.
Complicité des chefs coutumiers

Nombreux sont les exemples de la grande braderie qui s’opère actuellement en Afrique. La Chine aurait obtenu en République démocratique du Congo (RDC) une concession de 2,8 millions d’hectares pour y implanter la plus grande palmeraie du monde (3). M. Philippe Heilberg, président-directeur général du fonds d’investissement new-yorkais Jarch Capital, et ancien représentant du géant de l’assurance American International Group (AIG), aurait loué de 400 000 à 1 million d’hectares dans le sud du Soudan au seigneur de la guerre Paulino Matip (4). Le Congo-Brazzaville a récemment offert à plusieurs industriels de l’agroalimentaire sud-africains 10 millions d’hectares de la précieuse forêt pluviale du pays, pourtant menacée.

En novembre dernier, sous l’impulsion de l’homme d’affaires saoudien d’origine éthiopienne Mohammed Ali Al-Amoudi, cinquante des plus grandes sociétés saoudiennes ont organisé un forum en Ethiopie en vue d’implanter des exploitations agricoles exclusivement destinées à l’exportation (5). Dans le même temps, l’Indien Sai Ramakrishna Karuturi, en concurrence avec le géant de l’industrie agroalimentaire Cargill, clame qu’il possède la plus grande « banque de terres » du continent noir, situées notamment en Ethiopie (6). Au moment où ce pays, frappé par la sécheresse, lance un appel à l’aide alimentaire, son gouvernement, qui avait déjà cédé 600 000 hectares, s’apprête à en mettre 3 millions supplémentaires sur le marché (7).

De nombreux chefs d’Etats africains semblent séduits par l’idée que l’exportation de produits agroalimentaires est la solution à la pénurie et au chômage endémique. Ils sont notamment soutenus par la SFI. Soucieuse d’instaurer un « climat favorable aux affaires », celle-ci a mis en place dans les pays concernés des agences de promotion de l’investissement. Elles se donnent pour mission d’aider les investisseurs face aux entraves à la liberté d’entreprendre que pourraient constituer les taxes et les législations locales (droit du travail, droits de la personne, protection de l’environnement) et même la souveraineté nationale.

L’argument le plus souvent avancé est la sous-exploitation des sols. Cependant, les terres en jachère et les friches permettent la régénération des sols et des rivières. En outre, les populations autochtones tirent de ces zones forestières et de ces terrains « inutilisés » d’innombrables ressources (nourriture, fibres textiles, épices, oléagineux, condiments et plantes médicinales).

L’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri) de Washington estime qu’au cours des deux dernières années 20 millions d’hectares de terres, la plupart en Afrique , ont été vendus ou loués pour des périodes allant de trente à cent ans dans au moins trente pays. L’organisation non gouvernementale Grain, qui tente de recenser ces transactions, souligne que celles-ci sont le plus souvent si opaques et si rapides qu’il est difficile d’en établir le compte exact (9).

Certains contrats, conclus au plus haut niveau, sont arrachés en toute discrétion derrière des portes closes, souvent avec la complicité des chefs coutumiers. Bien que considérés comme les gardiens des terres, ces derniers se laisseraient souvent convaincre en échange d’un emploi faiblement rémunéré dans la plantation de l’investisseur.

Soucieux d’assurer leur sécurité alimentaire, les riches Etats du Golfe, qui manquent de surfaces cultivables, et plusieurs pays asiatiques sont parmi les premiers sur ce « marché ». Pour les opérateurs financiers et les grands groupes industriels, il s’agit plutôt de produire des agrocarburants à base de denrées alimentaires (canne à sucre, huile de palme, manioc, maïs) ou de jatropha, une plante considérée par certains comme de l’« or vert » car elle produit une huile aux propriétés proches du diesel. Tout ceci dans des pays africains en lutte permanente pour leur propre sécurité alimentaire en raison de l’amenuisement des ressources en eau et de changements climatiques dont ils ne sont en rien responsables.

L’accaparement des terres pourrait bien, lui aussi, porter atteinte aux équilibres naturels. Les petits agriculteurs, qui produisent l’essentiel de l’alimentation du continent (cultures vivrières), plantent une grande variété de végétaux et participent ainsi à la préservation de la biodiversité (10). Ils sont chaque jour un peu plus menacés par les géants de l’industrie agroalimentaire et la monoculture que ces derniers promeuvent (lire « Le cas Addax Bioenergy »).

La crise alimentaire mondiale a accéléré la ruée vers les terres cultivables africaines. Pourtant, le milliard de personnes mal nourries que compte la planète ne sont pas victimes d’une pénurie mais plutôt d’un manque d’accès aux denrées comestibles, dont les prix n’ont cessé de flamber en 2008. Cette augmentation hors de toutes proportions est partiellement due au vent de spéculation consécutif à la décision des pays européens et des Etats-Unis de se tourner vers les agro-carburants. Il est paradoxal de noter que ceux-ci, dont il n’est pas certain qu’ils permettent de lutter contre les changements climatiques, sont en partie à l’origine de l’annexion des terres agricoles. La crise financière, elle aussi, a joué un rôle dans ce mouvement car, après le krach de septembre 2008, les milieux financiers se sont mis en quête de nouveaux placements sûrs et très rentables. A leurs yeux, « la terre est un placement aussi sûr et même plus sûr que l’or (11) ».

Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, M. Olivier De Schutter, regrette que les dirigeants africains, qui signent ces accords sans consulter leurs Parlements, se mettent en compétition les uns avec les autres plutôt que de travailler ensemble pour imposer des conditions aux investisseurs étrangers (développer les infrastructures ou réserver la moitié au moins des récoltes aux marchés locaux). « Quand la nourriture manque, l’investisseur recherche un Etat faible qui ne lui impose pas ses règles », commente cyniquement M. Heilberg (12).

Plusieurs associations africaines tentent cependant de faire entendre leur voix. C’est le cas de Copagen, une coalition panafricaine réunissant scientifiques et associations d’agriculteurs, qui œuvre à la défense de la souveraineté sur les semences et les denrées alimentaires. Le 17 octobre 2009, vingt-sept associations locales ont signé une lettre appelant les dirigeants du continent à cesser leur soutien à l’agriculture industrielle. Elles n’ont pas reçu de réponse à ce jour.
De bien faibles engagements

Il est vrai que nombre des opérations d’accaparement de terres agricoles n’en sont encore qu’à l’état de projet. Mais, sauf accident, un « projet » est fait pour être mené à son terme. Or l’achat massif de ces terres aux seules fins de spéculation financière porte en lui le germe du conflit, du désastre environnemental, du chaos politique et de la faim à un degré jamais connu dans le passé. Dans le cadre du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire de Rome en novembre dernier, la FAO a indiqué qu’elle travaillait, avec la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le FIDA et la Banque mondiale, à un « code de bonne conduite » pour les investisseurs étrangers. Des réglementations internationales pourraient, en outre, favoriser des investissements agricoles « responsables ». Il s’agit là de bien faibles engagements.

Pourtant, des solutions existent. L’octroi de microcrédits, la construction de routes facilitant la vente des productions agricoles sur les marchés locaux, l’accès à des formations permettant aux fermiers de perfectionner des techniques agricoles d’ores et déjà tournées vers la biodiversité, de mieux transformer et stocker leurs récoltes et la réduction des importations qui dévalorisent leur travail, seraient autant d’investissements constructifs dans le capital humain et agricole de l’Afrique.
Joan Baxter.


Le Monde Diplomatique - janvier 2010
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Thibault Renard

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MessageSujet: Re: Les famines   Ven 17 Sep - 12:36

En lisant l'article du Monde Diplomatique que tu nous fais partager je me pose des questions. Bien entendu, j'étais au courant de cette menace et je ne l'ai pas pour autant intégrée directement dans mon développement. Il faut savoir que ma partie sur la déréglementation des produits de bases depuis les années 1980 peut se prêter à des pensées totalement altermondialistes et que j'aurais mieux fait de parler de ce problème foncier à la place. Car le problème des rentes foncières et du néo-colonialisme est un fait avéré qui ne peut en aucun cas être tabou : il n'engage pas plus les autorités internationales que les Etats africains.
Ceci dit, on peut se poser de nombreuses autres questions qui évidemment, elles, sont taboues. Faut-il être socialiste pour comprendre que ce 'processus impérialiste' va amener à de nouveaux problèmes dans la lutte contre la faim dans le monde ? Le cas de l'Ethiopie est flagrant. Comment peut-on laisser ce gouvernement vendre ses terres alors que dans le même temps il expose ses famines afin d'accaparer l'aide alimentaire ? Je serais prêt à parier que les terres éthiopiennes vendues aux grandes multinationales sont toutes situées dans la région de l'Ogaden, région où la population est en partie d'origine somalienne, région particulièrement touchée par la famine et bien entendu par la malnutrition.

Car - et cela nous amène à une problématique - les famines cachent-elles la malnutrition ? Si c'est le cas, que vont devenir les malnutris qui sont considérés comme des gens "hors de danger" dans les processus d'aide internationale (je ne parle pas des ONG)... Vendre des terres dont on a besoin pour ne pas faire basculer sa population de la malnutrition voire de la malnutrition aigue dans la famine : est-ce tout simplement ce que l'on peut appeler - et ce de manière tout à fait éhontée - des "génocides modernes plannifiés" ?

Bref, on en vient au même constat que quand on réfléchit à ce problème pour la première fois : l'Afrique se meurt.

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Les famines

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